mardi 3 juin 2014

Velvet Goldmine : madeleine sous acide


En DVD et Blu-ray : Présenté à Cannes en 1998, Velvet Goldmine ressort aujourd'hui en vidéo dans une édition signée Carlotta. Signé par le brillant réalisateur américain  Todd Haynes (Safe, I'm not there, Loin du Paradis), cette chronique des années glam, tout en exubérance formelle et en musique d'époque, est bien plus qu'une reconstitution : c'est une version cinéma sous acide de La recherche du temps perdu – pas moins. La preuve en 5 actes.
 

Pour son exubérance formelle. De la reconstitution pure du London glam des seventies aux allusions directes à Citizen Kane, en passant par un hommage SF sous acide à Oscar Wilde, le tout via une structure en flash-backs, Velvet Goldmine brille de 1000 feux. Telle la parure de Ziggy Stardust. Véritable morceau de bravoure, qui montre l'étendue du talent virtuose de Todd Haynes, qui privilégie l'émotion et le visuel aux explications psychologiques, le montage parallèle et les structures alambiquées aux codes classiques du biopic. Exubérance qui n'exclut pas une forte nostalgie de la part du réalisateur à l'égard de cette époque qu'il sort, tel un Ziggy, des limbes du cliché et de l'anonymat.
 
Pour sa reconstitution. La reconstitution de l'Angleterre des 70's est parfaite, l'exubérance de sa jeunesse y côtoyant la rigidité des générations supérieures. Il ne faudrait pas oublier celle des Etats-Unis des années 80, vraie prouesse quand on réalise que le film date de 1998. Années 80 qui sont celles du disco, qui apparaît ici comme la récupération mercantile des années glam.
 
Pour sa galerie de personnages. C'est là le tour de force du film : mêler le vrai au faux, ne jamais citer directement les personnages qu'il dépeint, sans que jamais le spectateur n'en soit dupe. Ewan McGregor – hallucinant – y est un revival d'Iggy Pop, tandis que Jonathan Rhys-Myers – méconnaissable – y campe un mix de David Bowie-Lou Reed. Plus fort : on retrouve parmi les nombreux rôles Brian Molko, leader de Placebo, et à la prod Michael Stipe, leader de REM !
 
Pour sa BO. Autre point fort à l'actif du film : plutôt qu'un best of des albums cultes de l'époque, la BO, sous la houlette de Carter Burwell, découvert par les frères Coen, est un vrai patchwork, où se mêlent le vrai et le faux. Quasi uniquement composée de morceaux originaux : sur 33 morceaux, seuls 13 sont des reprises.
 
Pour le casting. Avec le recul, rassembler McGregor, Rhys-Myers et Bale dans des rôles aussi charismatiques, glam et sexy semble incroyable ! Si le duo McGregor-Rhys-Myers fonctionne à plein, il faut également citer la composition de Christian Bale, en jeune journaliste qui en enquêtant sur le passé des rock-stars enquête également sur son passé de fan, qui assume peu à peu son homosexualité. Rôle gonflé pour une sorte de Temps retrouvé, version glam ! Et n'oublions pas de citer Toni Collette, un peu oubliée depuis, et Eddie Izzard.
 
Travis Bickle


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