Dossier

mercredi 8 octobre 2014

Truffaut par Truffaut 5/5 : de La Chambre verte à Vivement dimanche


Artistes : C'est aujourd'hui que François Truffaut est à l'honneur à la Cinémathèque pour le 30e anniversaire de sa disparition. Cineblogywood participe (en off) à l'événement avec ce cinquième et dernier post sur la filmographie du cinéaste, commentée par ses soins. Le tout, en vidéo. Enjoy !
 
La Chambre verte (1978)


1978 : "Ici, il y a l'exaltation des gens qui ont compté. C'est un peu comme une déclaration d'amour. Ce n'est ni déprimant, ni morbide, ni triste. C'est l'idée que la force du souvenir, de la fidélité et des idées fixes est plus forte que l'actualité. Ca ne doit pas être soumis aux caprices. Ne pas se détacher des choses et des gens dont on ne parle plus : continuer à vivre avec, si on les aime. Je refuse d'oublier."
 
"Je voudrais que l'on regarde La Chambre verte la bouche ouverte, qu'on aille d'étonnement en étonnement, et que l'émotion ne nous étreigne qu'à la fin, grâce au seul lyrisme de la musique de Jaubert. J'ai essayé de dérouler un fil sans le casser et d'obtenir une ligne, la plus pure possible."
 

 
 
L'Amour en fuite (1979)

1979 : "La fin du film a été éprouvante pour tout le monde. C'est une porte fermée, malgré la fin que j'ai voulu théâtralement heureuse. Oui, le passage devait se faire. Dans la dernière scène, Léaud était bouleversé. Moi aussi. Je suis parti très vite, mais j'ai voulu que tout s'achève comme le final d'une revue où chacun revient dans un mouvement général. C'est la fin du spectacle. Maintenant, je me sens très libre. Pour la première fois, je n'ai pas de projet en cours "
 

 
Le Dernier métro (1980)

1980 : "Quand j'ai décidé de faire le film, je me doutais que le sujet allait intéresser les gens dans la quarantaine, mais je n'imaginais pas que les jeunes, eux, se sentiraient concernés. D'ailleurs, tout au long du tournage, je me suis inquiété. C'était la première fois que je présentais des personnages si peu approfondis, des personnages que je ne considérais pas comme très forts, et qui me changeaient d'un personnage comme celui d'Adèle H. Dans Le Dernier métro, aucun ne va au bout de lui-même. Deneuve et Depardieu incarnent des anti-héros, des personnages de compromis parce que justement pendant l'Occupation, on vivait dans le compromis. J'ai d'ailleurs été étonné par le potentiel de sympathie dont a fait preuve le public face à ces personnages."
 
1981 : "Le résultat d'un film, et c'est une bonne chose d'ailleurs, n'est pas proportionnel au travail fourni, ni à l'argent dépensé, ni à l'intelligence déployée. Ce n'est proportionnel à rien du tout. C'est une espèce de chimie qui se fait ou non. Bien souvent, je me suis donné un mal de chien pour des films qui ont échoué..."
 


La Femme d'à côté (1981)

1981 : "J'avais en tête le sujet de La Femme d'à côté depuis plusieurs années, mais je n'arrivais pas à me décider. Il y avait quelque chose de trop symétrique. Tout s'est décidé quand j'ai introduit le personnage de madame Jouve, la confidente, la narratrice. Elle est (…) un point névralgique. Tout passe par elle. Lorsqu'on vit une histoire d'amour, on la vit avec beaucoup trop de force, en croyant que le monde s'est arrêté. 20 ans plus tard, on sourit de voir à quel point on a été excessif. Madame Jouve représente ce recul indispensable."
 
1981 : "Je ne pense pas faire plus de 10 films maintenant. Il y a le problème de l'adaptation aux nouvelles techniques. Il y a des choses qui commencent à me choquer. Je suis, par exemple, attaché à l'aspect manuel du montage, avoir la pellicule en main. Avec le montage électronique, ce contact se perd ! (…) je me dis parfois que raconter une histoire, faire un film normal, ça devient anachronique. Or je reste attaché à cette notion de film normal. Je ne peux pas faire autrement."
 

 
Vivement dimanche (1983)

1983 : "Il n'y a pas grand chose à dire d'un film comme celui-ci... Disons que c'est un film du samedi soir, conçu pour faire plaisir. Aucune intention cachée. L'action n'est pas située. J'ai toujours eu pour théorie que les films tirés de livres américains devaient éviter une transposition trop détaillée. On tourne à Hyères, mais rien n'indique où nous sommes ! Et comme le film se déroule presque entièrement de nuit, ce côté non situé et intemporel en est augmenté. (…) Il n'y a pas d'autre volonté que d'intriguer, c'est-à-dire au fond de montrer des choses simples présentées de façon oblique."
 

 


Tous les propos du cinéaste sont tirés de l'ouvrage Le Cinéma selon François Truffaut, textes réunis par Anne Gillain, aux éditions Flammarion.
Travis Bickle 
Enregistrer un commentaire