Dossier

mercredi 22 octobre 2014

Quand Eastwood, Almodovar et del Toro se racontent


A lire : Les cinéastes sont des artistes. Ils sont en tout cas considérés comme tels en France. Mais ce sont aussi des artisans, des hommes qui font un travail au sein d'une équipe, avec des machines. Critique de cinéma, Mike Goodridge a eu la bonne idée d'aller interviewer quelques grands "filmmakers" du monde entier, de Pedro Almodovar à Zhang Yimou, en passant par Clint Eastwood, Nuri Bilge Ceylan ou Guillermo del Toro. Ces entretiens sont compilés dans Métier : réalisateur, publié aux éditions Dunod et c'est un bonheur pour tout cinéphile qui se respecte.

A chaque réal, est consacré un chapitre. L'auteur rappelle en intro la filmographie de l'artiste. Puis celui-ci évoque son parcours dans un long verbatim. Clint Eastwood révèle ainsi qu'il est venu à la réalisation par la direction d'acteurs, à force de voir les cinéastes (mal ou bien) diriger les comédiens. Paul Greengrass revient sur ses années de reporter TV qui ont profondément marqué son style de mise en scène. Zhang Yimou indique que ses études de directeur de la photo en Chine auraient dû l'empêcher de changer de métier et devenir cinéaste. Terry Gilliam ou Guillermo del Toro étaient quant à eux des touche-à-tout, qui sont passés par le dessin, les effets spéciaux ou les maquettes avant de s'installer derrière la caméra.

Confessions et méthode

Et puis chacun détaille sa méthode. "J'écris très précisément, et de la même manière j'anticipe très minutieusement mes plans", souligne Olivier Assayas. "En tant que réalisateur, on doit posséder son propre langage, indique Pedro Almodovar. (...) On doit aussi posséder énormément de sens pratique et être assez fort pour endosser le rôle de patron (...)." Et chacun de raconter ses doutes, ses galères, notamment sur les tournages - et Terry Gilliam ne pratique pas la langue de bois ! D'ailleurs, les seize réalisateurs - enfin, quinze plus une réalisatrice, Susanne Bier ! - se livrent avec beaucoup d'honnêteté et d'humilité. Tous rendent hommage à l'effort collectif qui aboutit à la projection du film sur un grand écran.

Goodridge ponctue son ouvrage de cinq portraits de cinéastes ayant marqué ses interlocuteurs : Bergman, Ford, Godard, Hitchcok et Kurosawa. De format carré, le livre est richement illustré : beaucoup de photos mais aussi des reproductions de scripts (annotés ou pas) et de story-boards. Bref, l'ouvrage est passionnant et accessible, même lorsque l'on connait peu ou pas l'univers de tel ou tel cinéaste. A noter que Goodridge a également publié chez Dunod Métier : directeur de la photo.

Anderton
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