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mardi 1 octobre 2013

Enfance clandestine : l'innocence au temps de la dictature


En DVD : Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant de 12 ans dont les parents sont engagés dans l'organisation Montoneros, en lutte contre la junte militaire au pouvoir en Argentine ? Enfance clandestine, que sort en DVD Pyramide Vidéo, tente de répondre à cette question d’une manière touchante et intime. Après des années passées en exil au Brésil, la famille de Juan revient s'installer en Argentine. Pour vivre dans le pays et éviter la dictature militaire, ils ne doivent commettre aucune imprudence. Juan devient Ernesto, modifie son accent, se fait de nouveaux amis. Il est spectateur mais également plongé dans les combats de ses parents.


Le film retranscrit alors un vrai travail sur le regard. Par celui-ci, le spectateur se retrouve témoin de la vie de cet enfant. Il suit ce que Juan observe, admire, déduit, cherche à imiter. On comprend vite que sa vie dépasse celle d'un enfant de 12 ans. Il prend parfois des airs de grand garçon, de protecteur, de grand frère tout en gardant l’innocence d’un enfant de son âge. Cette âme d’enfant prend la forme de Maria, une camarade de classe dont il tombe amoureux. Premier amour qu’il confie à sa mère mais surtout à son oncle avec qui il entretient une relation fusionnelle. C’est par le regard de Juan, intelligemment mis en scène que le film prend tout son sens et réussi à passer d’un point de vue personnel à universel.


Inspirée de souvenirs personnels


Le film est avant tout un projet personnel comme le confirme Benjamin Avila, dans l’entretien du DVD. L’histoire est basée sur son enfance et celle de ses frères mais il ne voulait absolument pas faire un film autobiographique. Dès le début du projet, en 2002, le cinéaste argentin a donc cherché à se détacher de son histoire personnelle pour construire Enfance Clandestine : "Comme je suis un fils de disparus, mon film ne devait pas être l'histoire personnelle d'un enfant de disparus mais devait absolument renvoyer le regard de tous les fils de disparus, à travers moi".


Un premier long métrage que Benjamin Avila a mis du temps à sortir. Un laps de temps nécessaire pour réaliser un film touchant et minutieux. Le film parvient dans ce sens à dévoiler une histoire très singulière mais qui ne semble pas pour autant inaccessible, ni noyée dans le pathos. Le réalisateur choisit d’intégrer de sublimes passages d’animation pour mettre en scène les moments les plus violents. Un choix risqué mais l’animation, bien que surprenante se fond parfaitement dans l'univers de l’histoire sans pour autant la dénaturer. Le résultat est touchant. Enfance clandestine apparaît comme un film fort, intimiste tout en étant générationnel et permettant une vraie immersion dans l’époque.


Lois Lane


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