Dossier

lundi 21 octobre 2013

Voyage au bout de l’enfer : la puissance du surréel


En salles : Il est des films dont il est très difficile de parler. Parce que tout ou presque a déjà été dit, écrit, en mille fois mieux. C’est le cas de Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter, 1978). Que l’on peut enfin revoir en salles, le lieu d’excellence pour découvrir les beautés secrètes du masterpiece de Michael Cimino

En vrac, deuxième film de son auteur, le génial et malheureusement carbonisé, alors âgé de 35 ans, cinq Oscars, son unique succès critique et public international, polémique sur God Bless in America, triptyque opératique, home movie, fresque intimiste, condensé sur le conflit du Vietnam, De Niro dans son meilleur rôle, les révélations Christopher Walken et Meryl Streep, John Cazale dans son dernier rôle, rituels, 1 heure de mariage, enterrement, roulette russe, rats, aciéries, amitié masculine, chasse, beuverie, You can’t take my eyes off you, Chopin, Fuck it, One shot...


"Un art du surréel"

Bref. L’un des cinq chefs-d’œuvre sans lesquels la vie ne vaut pas d’avoir été vécue. Pour éviter d’ajouter des monceaux de commentaires redondants ou inutiles à tout ce qu’ont déjà écrit les spécialistes de Cimino, qu’ils sévissent dans Positif, Les Cahiers du Cinéma, Simulacres ou Eclipses, je vous renvoie à ces propos du cinéaste tenus en 1979 à Michel Ciment, Robert Benayoun et Michael Henry, pour Positif :

"On interroge le cinéaste comme s’il était un politicien ou un journaliste, on oublie qu’il fait de la fiction, que (le cinéma) est un art du surréel plus que du réel. J’entends surréel du point de vue de la forme : la distorsion du temps, la compression des événements. Dans Voyage au bout de l’enfer, le problème est de condenser une guerre en un nombre limité de minutes. On doit exclure toute logique et refuser l’explication car elle durerait 10 heures. (…) Cela rappelle la fameuse question posée à John Ford : ‘Pourquoi n’abattent-ils pas les chevaux des Indiens ?’ ‘Parce que s’ils le faisaient, il n’y aurait pas de poursuite !’ On utilise les faits pour qu’ils s’adaptent aux besoins dramatiques du film, par prérogative d’artiste on déforme les temps et les lieux, ce qui n’exclut pas que l’on puisse aborder  son sujet avec une certaine innocence, sans en voir toutes les implications. (…) Personnellement, je trouve merveilleux que l’on trouve des métaphores dans mon film. Cela ne cesse de me surprendre."

Eternellement renouvelé

Eh bien, n’hésitez pas à aller vous faire surprendre par la puissance de ce chef-d’œuvre. Qui même après plusieurs visions continue d’étonner, de secouer, d’émouvoir. Exemple live : impossible de ne pas penser pendant la première heure du film à Husbands, de Cassavetes. Aussi éloignés soient-ils, les rapproche un sens du timing et de la durée, l’exaltation de l’amitié masculine, à la fois dans ses grandeurs et ses petitesses…Le propre des chefs-d’œuvre que de renouveler la vision que l’on a d’eux à chacun de leurs visionnages.

Travis Bickle


 
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