Dossier

lundi 7 octobre 2013

Sidewalk Stories : de Chaplin à Spike Lee


En salles : Film quasiment muet, en noir et blanc, qui rend hommage aux classiques du genre, on pense fatalement à The Artist. Il serait dommage de passer à côté du film de Charles Lane, Sidewalk Stories, réalisé en 1989, et que ressort ces jours-ci Carlotta. Car en partant du même principe que le film multi-oscarisé de M. Hazanavicius, livre une oeuvre à la fois tendre et burlesque, poétique et sociale, qui dresse un pont entre Chaplin et Spike Lee.


Dans la lignée de Cassavetes et du Petit Fugitif

Certes, la référence à Chaplin est écrasante, mais elle est bien là, à travers son pitch modernisé et actualisé selon le contexte de l'époque : les homeless, la communauté noire, New York, 1989. A partir d'une intrigue ultra-limpide - un SdF confronté à une petite fille recueillie à la suite d'une rixe – Charles Lane livre une comédie douce-amère, qui a pu apparaître désuète en son temps – les Spike Lee's joints y étant pour quelque chose – mais qui atteint l'universel par la qualité de son propos et de sa mise en scène : long travellings latéraux sur les rues new yorkaises abandonnées et guettées par les promoteurs immobiliers ; majesté du noir et blanc qui confère une véracité documentaire à son propos; vivacité des acteurs et des actrices, tous inconnus, qui donnent chair aux sentiments des personnages, à leur humanité et leur universalité. Au point que le film finisse par évoquer davantage le free style du cinéma underground new-yorkais des années 60 – Cassavetes, Shirley Clarke, voire Le Petit fugitif – , parfois les 1ers Jim Jarmush plutôt que son glorieux aîné du muet.

Fable universelle et humaniste

En trouvant le juste équilibre entre sujet de société et comédie à la Chaplin, Charles Lane atteint l'universel. Pour toucher petits et grands, juniors et seniors, Américains et autres. Car le muet et le noir et blanc contribuent à universaliser un propos qui n'a pas pris une ride. En s'appuyant sur la musique symphonique de son complice Marc Marder qui évoque les grands chefs d'oeuvre du muet, Lane, signe une fable universelle, qui tire sa force de sa réalisation et de ses partis pris esthétiques. Et ce loin des effets de copié-collé de The Artist. A redécouvrir, donc, en famille ou en solo. Pour redécouvrir une oeuvre singulière, d'un auteur retombé depuis dans l'oubli. Présenté à Cannes en 1989, Grand prix du Festival d'humour de Chamrousse en 1990.

Travis Bickle


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