jeudi 10 octobre 2013

Daniel Duval : pas qu’une gueule, une présence !


Artistes : Daniel Duval, dont on a appris le décès aujourd'hui, c’était une gueule du cinéma français. On l’a vu dans de très nombreux polars de plus ou moins bonne qualité des années 80 : Le Bar du téléphone, Un été d’enfer, Le Juge, Les loups entre eux. Après un léger passage à vide au début des années 90, il revient fort, en changeant de registre avec le polar scorsesien de Xavier Durringer J’irai au paradis car l’enfer est ici et le film phénomène de 1995, Y aura-t-il de la neige à Noël ? 

S’ensuit une carrière florissante, où il alterne les polars avec des films plus intimistes, imprégnant chacune de ses apparitions de son magnétisme brut, d’écorché vif, parfois au détriment de ses partenaires... Au final, on trouve à son tableau la fine fleur du cinéma d’auteur - Haneke, Garrel, Ozon – celle du polar – Corneau, Marchal, Lefebvre – sans qu’il oublie de donner sa chance à de jeunes réalisateurs – Durringer, Veysset, Lespert, Guirado.

Enfin, Daniel Duval, c’était également un réalisateur à l’univers bien identifiable. La Dérobade, tiré du best seller de Jeanne Cordelier, est l’un des gros succès de l’année 1979 et permet à Miou-Miou de décrocher un César. Mais il a également réalisé 5 autres films, tourmentés, où l’amour était toujours vécu avec flamboyance, alcool et violence – citons L’Amour trop fort (1981) avec Marie-Christine Barrault, star de l’époque, et Effraction (1983) avec Marlène Jobert, autre star de l’époque. 

Son dernier film en tant que réalisateur, Le Temps des porte-plume (2006), était une jolie chronique sur l’enfance, d’inspiration autobiographique, qui offrait l’un de ses tout derniers rôles à Annie Girardot.

Retour sur cinq rôles marquants :


La Dérobade (1979): dans le rôle du mac de Miou-Miou, il impose un type de personnage qui va le marquer durablement : violent, taiseux, ombrageux. S’il va jouer de cette fibre, Daniel Duval va peu à peu l’amener vers d’autres univers, avant d’en adoucir les traits les plus aigus.

Le Juge (1984) : face à Jacques Perrin dans dette fiction inspirée de l’assassinat du juge Michel, Daniel Duval est la pègre marseillaise à lui tout seul. Un de ses rôles les plus emblématiques, dirigé par Philippe Lefebvre, un réalisateur de polar honnête, malheureusement devenu rare ces temps-ci, malgré son come-back l’an dernier avec Une Nuit.

Y aura-t-il de la neige à Noël ? (1996) : dans le rôle ogresque du père, il impose sa présence dans un autre cadre que celui du polar. Massif, taiseux (encore !), minéral, dans le rôle de cet homme qui écrase de sa présence sa compagne et ses enfants dans la campagne rhodanienne, il est de la trempe d’un Robert Mitchum.

J’irai au paradis car l’enfer est ici (1997) : là encore, il incarne une figure tutélaire de grand bandit qui va prendre sous son aile le jeunot Arnaud Giovanetti. Incandescent et magnétique, il est monstrueux de présence. Le meilleur film de Xavier Durringer, l’un des polars les plus méconnus du cinéma français, avec un Gérald Laroche qui débutait alors, en Joe Pesci français, en plus froid et calculateur.

Le Fils de l’épicier (2007) : beau succès surprise, il incarne donc l’épicier, le père du héros, désormais trop âgé pour conduire le camion de ravitaillement. Très belle chronique à la Dupeyron, dans laquelle son côté rocailleux s’intègre parfaitement à la narration.

Enfin, côté TV, il faut noter ses compositions dans Engrenages et Mafiosa. Une gueule, une présence qu’on n’est pas près d’oublier !

Travis Bickle
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