A LA UNE

mardi 11 février 2014

César : "Pour le vote, je ne m'interdis rien" (2/2) - INTERVIEW


Buzz : Deuxième partie de notre entretien avec Laurent Coët*, exploitant du cinéma Le Regency et membre depuis 2009 de l'Académie des Arts et des Spectacles - "Les César". Après avoir détaillé les processus du vote (lire ici), il explique à Cineblogywood sa méthode pour distinguer les œuvres et talents qui lui ont tapé dans l’œil.

Cineblogywood : sur quels critères jugez-vous les films en compétition aux César ?
Laurent Coët : L’artistique et l’émotion qu’ils dégagent.

En tant qu’exploitant, votez-vous pour des types de films particuliers ?

Je ne m’interdis rien. En ce qui me concerne, il n’y a pas de "film à César". Je n’exclus pas les films qui ont fait une grande carrière en salle ; d’ailleurs, en tant que professionnel, j’estime que ce n’est pas bon qu’il y ait un trop gros décalage entre les goûts du public et le palmarès des César. Par ailleurs, certaines œuvres sont parfois artistiquement moins abouties mais elles ont su me toucher. Et puis, j’ai des coups de cœur et ça ne s’explique pas. Il n’y a pas de règles du jeu. Je considère les César comme une course : mes choix dépendent aussi des films concurrents en lice.

Sinon, lors de ma première année comme votant, j’avais voté pour Un Prophète dans beaucoup de catégories et le film d’Audiard avait tout raflé. Ce n’est pas bien : il faut défendre le cinéma français dans sa diversité. Depuis, je fais très attention à ne pas voter toujours pour un même film.



Etes-vous influencé par ce que disent les autres professionnels, les médias, voire les blogs ?

Mis à part quelques pubs dans la presse professionnelle, on n’est pas dans une campagne comme pour les Oscars. En tout cas, pas pour nous, les Provinciaux. Pour ma part, j’essaie de voir le maximum de films vierge de toute information, donc je suis très peu influencé par les critiques… ou les polémiques. Il faut essayer d’occulter tout ça et de s’en tenir aux films. Après, oui, il nous arrive de nous donner quelques coups de fil entre exploitants, mais on s’en parle dans le cadre de discussions plus générales. Globalement, mes choix sont quasi-faits au moment du vote. Enfin, le deuxième tour est toujours plus compliqué. Je n’arrive pas toujours à me décider et j’envoie parfois mes votes au tout dernier moment.

Assistez-vous à la cérémonie des César ?

Le théâtre du Châtelet n’a pas la capacité d’accueillir tous les votants. Seule une petite partie peut assister à la cérémonie. Je n’y suis jamais allé mais je ne désespère pas d’y être invité.

En même temps, l’ambiance est souvent pesante…

C’est vrai mais il y a un vrai enjeu à obtenir un César. Cela peut entraîner une ressortie en salle ou influer sur la carrière du film en DVD et à l’étranger. D’où cette tension plombante.

Vous êtes un exploitant de cinéma. Quel regard portez-vous sur le cinéma en France aujourd’hui ?

Je ne suis pas abattu. Nous, les exploitants, sommes les derniers maillons d’une gigantesque chaîne. Et en même temps, nous sommes les seuls à proposer un produit que nous ne maîtrisons pas. C’est ça le plus compliqué, qu’on soit petit ou grand. Et pour les petits, ce qui est encore plus compliqué, c’est de vendre les mêmes produits que dans les multiplexes. A nous d’apporter quelque chose en plus, sur la même base.

Les talents viennent-ils parfois assurer la promotion de leur film dans votre petite salle ? 
 
Ce n’est pas toujours facile. Pour contacter les réalisateurs ou les acteurs, j’y vais au culot. 90% refusent mais il en reste 10% qui acceptent de venir nous soutenir et rencontrer un public qui n’est pas celui des multiplexes.

Etes-vous inquiet pour l’avenir ?

Le marché est en baisse, on le ressent tous. Si cela s’accentue, nous n’aurons plus les moyens de vivre. Mais je reste optimiste, c’est ma nature. Notre métier a complètement évolué, notamment avec l’arrivée du numérique. Nous sommes dans une phase innovante où il y a des tas de choses à inventé. Cela demande d’être en constante action et nous travaillons sept jours sur sept, 365 jours par an. C’est fatigant mais, vous savez, le cinéma est un métier passionnant fait par des passionnés.

* Depuis 2007, Laurent Coët est exploitant du Regency, une salle Art et Essai d’un seul écran située en milieu rural, dans le Pas-de-Calais. Il est également vice-président de la Chambre syndicale des exploitants de la Région Nord-Pas-de-Calais et rapporteur de la commission "petite exploitation" au sein de la Fédération nationale des cinémas français. Autant de fonctions qui lui ont permis, en 2009, de devenir membre de l'Académie des Arts et des Spectacles - "Les César".


Anderton

Enregistrer un commentaire