jeudi 13 février 2014

Ida : une autre idée du cinéma en ski


En salles : Je le dis très souvent à Anderton : on ne parle pas assez sur ce blog du cinéma polonais ! D’accord, on a souvent évoqué entre nous une Polonaise, mais de cinéma, niet ! Pourtant, celui-ci nous a donné de prestigieux noms : Polanski, Wajda, Skolimowski, Zulawski, Kieslowski – cherchez l’intrus ;-). A cette liste, il faudra désormais ajouter le nom de Paweł Pawlikowski.

Qui ça ? PA-WEL PAW-LI-KOW-SKI , enfin ! Documentariste reconnu – notamment Dostoievski’s travel, récit du premier voyage effectué par l’écrivain russe en Europe de l’Ouest ré-effectué par son petit-fils de l’écrivain - Paweł Pawlikowski a quitté la Pologne pour s’installer en Grande-Bretagne (il y réalisera My summer of Love en 2004), puis en France (La Femme du Vème, d’après un roman de Douglas Kennedy, en 2011), avant de retourner en Pologne pour signer son dernier film, Ida


Au premier abord, le pire est à craindre : Pologne, 1962, la découverte par une jeune nonne polonaise du destin de sa famille juive, massacrée pendant la seconde guerre mondiale. Le tout en noir et blanc... On imagine le casse-tête des distributeurs au vu de ce premier aperçu !

Petit précis de réalisation

Mais on voit très bien leurs visages éclairés en fin de projection. Car outre le fait de nous replonger dans un pan de notre histoire européenne, Ida nous replonge dans le cinéma. Beauté des décors, travail sur les contrastes en noir et blanc, impressionnant sens du cadre et du découpage, la mise en scène de Pawlikowski force le respect et l’admiration. Tout cinéphile ne pourra qu’être esbaudi par la manière qu’il a d’inscrire ses personnages dans le cadre, de biais, en très gros plan. Ou de les en faire sortir, avec énormément de tact et d’émotion.

Car plutôt qu’on portrait figé, Pawlikowki livre le portrait d’une femme qui part à la conquête de sa liberté. Plutôt qu’un destin subi, elle se choisit son propre destin. Et d’où l’intense émotion qui nous saisit quand, enfin, la caméra, portée à l’épaule, accompagne le mouvement de son personnage, face caméra. Comme un mouvement de libération, après être restée fixe les trois-quarts du temps.

Comme La jeune fille à la perle

Véritable précis de réalisation, Ida, c’est aussi l’histoire d’une femme, à la reconquête de ses origines. Et de son destin. Filmée comme La jeune fille à la perle de Vermeer,  Agata Kulesza est éblouissante de simplicité. Et lorsqu’elle dévoile au milieu du film sa chevelure blonde, on n’est pas loin de l’émotion qui nous étreint à la découverte d’un tableau de De La Tour. A ses côtés, dans le rôle de la tante de la jeune nonne, une juge mise sur le ban par le régime communiste polonais de Gomulka, la brune Joanna Kulig joue un rôle de mentor féminin, d’abord rêche, puis attendrissant, avant de bouleverser.

Car le film baigne dans une atmosphère très particulière. Bien qu’idéologiquement communiste, la population baigne alors dans une culture occidentale : cigarette, alcool, musique (rock, Coltrane), costumes, rien ne sépare vraiment la Pologne des années 60 des Etats-Unis freestyle d’alors. D’où un mélange des genres et des styles vivifiant dans le cinéma contemporain. D’autant que le film est loin d’être dépourvu d’humour, au contraire. Il regorge de scènettes et de réparties typiques de cet humour venu du froid, très proche d’un autre cinéaste en –ski, finlandais celui-ci, Kaurimaski. Ou même de Polanski – la boucle étant bouclée...

Travis Bickle

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