lundi 17 février 2014

Danemark : un cinéma nordique sa mère


Bienvenue à Fred Fenster (un pseudo suspect, soit dit en passant). Un nouveau rédacteur à la rédaction de Cineblogywood, c'est toujours un grand plaisir : celui de lui réserver un bizutage façon Le Maître de Guerre. Et l'épreuve du feu, elle débute maintenant, mouhouwhahaha. Anderton

Artistes : Gabriel Axel est mort il y a un peu plus d'une semaine. Le réalisateur était surtout connu pour Le Festin de Babette, premier film danois à avoir remporté l’Oscar du meilleur film étranger, en 1988. Hvil i fred, repose en paix, Gabriel, mais tu peux être tranquille : la jeune garde semble à la hauteur ! En effet, depuis quelques années, la création audiovisuelle danoise impressionne. En quantité, déjà, eu égard à la taille du pays, mais surtout en qualité. Cineblogywood a eu envie de se pencher sur la production de ce pays où il fait, semble-t-il, tellement bon vivre. Ah oui, vraiment ? 

Une effervescence incroyable
 

Il se passe quelque chose au Danemark. Ce petit pays (5,6 millions d’habitants) nous en met plein la gueule au niveau des prods audiovisuelles depuis plusieurs années. On connaissait les gars de Dogma 95, Lars Von Trier (Melancholia, Nymphomaniac) et Thomas Vinterberg (Festen, La chasse), et le jeune maître Nicolas Winding Refn (Pusher, Drive). Plus récemment, on a découvert toute une équipe réunie autour du réalisateur Tobias Lindholm, avec notamment les acteurs Pilou Asbaek, Søren Malling ou encore Roland Moller : transfuges, pour la plupart d’entre eux, de l’excellente série Borgen (c’est du moins ce qu’on en dit, j’avoue ne pas l’avoir encore vu), ils ont montré en trois saisons de Borgen et deux films, l’étouffant R et le haletant Hijacking, qu’ils avaient leur mot à dire dans la création audiovisuelle danoise.

On s’est aussi habitué à la gueule de ouf de Mads Mikkelsen (La Chasse, Michael Kohlhaas) : avec son sourire carnassier, et son regard intense et inquiétant, Mikkelsen est très probablement l’un des acteurs les plus intéressants du moment. Le cinéma danois est en pleine bourre, c’est indéniable. Et il s’exporte plutôt bien. En 2012, A Royal affair, de Nikolaj Arcel (avec ce bon vieux Mads), remporte deux ours d’argent à Berlin, et est nominé pour l’oscar du meilleur film étranger. Car si cette production est dense, la qualité est au rendez-vous : scénario au cordeau, mise en scène précise, acting parfait, c’est du haut niveau.

Quelque chose de pourri au royaume du Danemark ?
 
Mais ce qui interpelle, dans ce cinéma du Danemark, c’est son côté fucked up (et je ne parle pas de ce que ses zoos font aux girafons). Rien de nouveau pour Lars Von Trier et ses copains du Dogme, on était au courant. On se souvient tous de la scène du dîner de famille dans Festen : ding ding ding (bruit du couteau sur le verre) - "Je voudrais quand même rappeler que papa nous a tous enfilé pendant des années" (à peu de choses près, c’est ça). Scène culte, s’il en est, que tout le monde connaît sans avoir forcément vu le film (ce qui pourrait être, d’ailleurs, la définition d’une scène culte).

Il y a aussi la violence stylisée, esthétisée, de Nicolas Winding Refn : on a mis un peu de temps à se remettre de la scène de l’ascenseur dans Drive (qui rappelle un peu celle de l’extincteur dans Irréversible). Et voilà qu’on découvre la tension étouffante des films de Lindholm, qui nous laissent sonnés tout au fond de notre siège lorsque les lumières se rallument. 


Mais bordel, qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez vous, les gars ? Pourtant, il a l’air de faire bon vivre dans votre pays ! Vos meufs sont canons, vous êtes un des pays les plus riches d’Europe, et le pire, c’est que vous en avez parfaitement conscience : selon les enquêtes Eurobaromètre, trois quart d’entre vous jugent que la situation de l’économie de votre pays est bonne (en comparaison, c’est 31% dans l’ensemble de l’Union européenne, et… juste 7% en France), et vous êtes même 90%  à considérer que la qualité de vie dans votre pays et meilleure que celle des autres pays européens. Alors, c’est quoi, le problème ?

Evidemment, je n’ai pas la réponse. D’ailleurs, cette dichotomie entre l’apparente sérénité du Danemark et la fureur de son cinéma est-elle vraiment paradoxale ? Finalement, qu’importe ! L’essentiel, c’est qu’on est bien content, nous, d’aller voir cette production ultra-chiadée.
 
Fred Fenster
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