mercredi 19 mars 2014

Paul Schrader : toutes ses contradictions en 11 films


Artistes : Au moment où sort son dernier film The Canyons, co-écrit avec l'écrivain Bret Easton Ellis, financé via du crowd funding, avec un casting hétéro... clite (Lindsay Lohan, James Deen) dans une indifférence polie, retour sur la carrière de Paul Schrader, un scénariste et réalisateur majeur des années 70 et 80, à travers 11 films. 


Puritain, mais très attiré par le stupre et le lucre, farouche indépendant, mais en quête perpétuelle de reconnaissance ; brillant scénariste au service des réalisateurs, mais avec une volonté de contrôle total, Paul Schrader est l'homme de toutes les contradictions. La plus caractéristique étant sa passion pour Dreyer et Bresson, auxquels il n'aura de cesse de rendre hommage au travers de personnages en quête de rédemption, de rachat et de grâce. Et qui trouvera en Martin Scorsese son véritable frère jumeau – du moins, dans sa première période.

Blue Collar (1978). Un des rares films américains à se situer dans le milieu syndicaliste ouvrier, avec ceux de Martin Ritt. Brochettes d'acteurs alors à leurs tout débuts, Harvey Keitel, Richard Pryor, Yaphet Kotto, pour un film social qui bifurque vers le thriller, sans ausculter la réalité des rapports de force dans l'industrie automobile à Detroit entre puissants et ouvriers, Blancs et Noirs, sur fond d'alcool et de drogue. A redécouvrir.



Hardcore (1979).
Le film plus emblématique de ses obsessions – le plus caricatural aussi. Une descente dans le milieu du porno et des sex-shop de Los Angeles, par un homme, calviniste, puritain, à la recherche de sa fille. Puissamment interprété par George C. Scott. 




American Gigolo (1980). Le film emblématique des années 80 et de son tournant reaganien ? Tout le monde connaît le tube de Blondie. Tout le monde a été fasciné par la grâce féline de Richard Gere, sex symbol provoquant et en quête de rédemption. Tous les hommes ont un jour rêvé de posséder la garde-robe Armani du héros. Culte. Son film le plus célèbre.



Cat people (1982). Remake du film de Jacques Tourneur La Féline, avec un casting très 80's – Nastassja Kinski, Malcolm McDowell, score signé Giorgio Moroder avec une participation de David Bowie – le film n'est pas aussi mauvais que sa réputation. S'il met des points sur des i que le film de Tourneur laissait volontairement dans des zones grises, le film est formellement superbe, en raison de la lumière de John Bailey. Reste les obsessions puritanistes du cinéaste ! Et la plastique de Nastassja Kinski dans l'ambiance moite de La Nouvelle Orléans.



Mishima (1985).
Son grand oeuvre, son meilleur film. Modèle de biopic qui parvient à intégrer l'oeuvre à la biographie. Modèle d'écriture filmique, autour duquel ont été rassemblés les meilleurs : Leonard Schrader au scénario, Philipp Glass à la musique, John Bailey à la lumière, la créatrice Ishioka Eiko aux décors et aux costumes, Coppola et George Lucas à la production. Magistral, baroque, extravagant. Revient mystérieusement bredouille de Cannes en 1985.




Light of day (1987). Michael J. Fox est alors gage de succès automatique. Et l'acteur cherche alors à réorienter sa carrière vers des rôles plus dramatiques. Chronique familiale de l'adolescence située dans l'Amérique profonde, auquel collabora The Boss Bruce Springsteen, c'est un four commercial aux Etats-Unis. Le film ne sortira même pas en salles en France.




Patty Hearst (1988). Biopic consacré à la fille du milliardaire, son kidnapping et le syndrome de Stockholm dont elle fut atteinte. Filmé dans sa première partie du point de vue de l'héroïne, le film est porté par l'interprétation de Natasha Richardson dans le rôle titre. Nouveau four commercial, malgré sa présentation en compétition officielle à Cannes.




Etrange séduction (The Comfort of Strangers, 1987). Scénario de Harold Pinter, Rupert Everett-Natasha Richardson, un couple à l'épreuve de l'inconnu personnifié par Christopher Walken et une Cité des Doges rarement aussi bien filmée. Homosexualité latente, morbidité à tous les étages, sous influence visuelle de Schiele. L'un de ses films les plus oubliés, à redécouvrir.




Light Sleeper (1992).
Incontestablement, son chef-d'oeuvre inconnu. Quelques heures cruciales de la vie d'un dealer, Golgotha new-yorkais d'un dealer, calvaire et rédemption. Porté par un Willem Dafoe au sommet de son art, charismatique et magnétique comme jamais, sur une mise en scène incandescente et inspirée, un des films majeurs de la décennie.




Affliction (2001), d'après Russel Banks. Règlement de comptes familial autour d'une figure de patriarche mâle dominant incarné par un énorme James Coburn dont ce fut l'un des derniers rôles, avec un Oscar à la clé. A ses côtés, Nick Nolte, Willem Dafoe et Sissy Spacek - pas moins. Apre et rugueux comme une lampée de bourbon sous la neige.




Dominion – Prequel to The Exorcist (2005). Illustration malheureuse du statut complexe que connaît le cinéaste. Reconnu comme un excellent technicien, mal accepté comme un auteur. Le réalisateur reprend le rênes du projet initié par John Frankenheimer qui décède pendant les préparatifs. Mais insatisfait du résultat final, la Warner fait effectuer des retakes par Renny Harlin. Le film sortira dans la version du cinéaste en 2009, avec les louanges de son auteur, William Peter Blatty.



 

The Walker (2007). Sorte de sequel d'American Gigolo, dans lequel Woody Harrelson, escort boy gay pour femmes riches et esseulées se retrouve au centre d'un complot. Beau casting – Lauren Bacall, Kristin Scott-Thomas, Ned Beatty – pour un nouveau bide, malgré ses qualités formelles. 


 

Enfin, il faudrait bien sûr mentionner la pléthore de scénarios que Paul Schrader cosigna dans les années 80 : Yakuza, de Sidney Pollack ; Taxi Driver, La dernière tentation du Christ, A tombeau ouvert, Raging Bull, de Martin Scorsese, son acolyte et frère spirituel ; Obsession, de Brian de Palma ; ou bien encore Mosquito Coast, de Peter Weir.

Travis Bickle

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