mardi 18 mars 2014

Captain Phillips : un film d'action humaniste

En DVD et Blu-ray : Une prise d'otages en mer. On sait quel genre de film d'action cela peut donner, surtout si Steven Seagal se charge de casser la gueule aux méchants. Mais contrairement à Piège en Haute Mer (Under Siege, 1992), Captain Phillips est tiré d'une histoire vraie : celle de l'équipage du cargo Maersk Alabama et de son capitaine Richard Phillips, attaqués par des pirates somaliens, en avril 2009. 



Le film, qui sort le 20 mars en vidéo, repose sur deux piliers. Tom Hanks, d'abord. Il incarne le capitaine Phillips, barbichette et accent de la Nouvelle-Angleterre à la clé. Un type droit dans ses bottes, comme tout bon "pacha" : pas le genre à se poser trop de questions mais celui à bien faire son boulot. Pour autant, Hanks fait passer dans son regard les doutes, les inquiétudes. Avec subtilité. Le "routier de la mer", comme se décrit le vrai Phillips dans le bonus, se mue progressivement en héros, assumant ses fonctions et l'échec de ses manoeuvres. Car les pirates parviennent à monter à bord. Pas évident de camper un homme à la fois animé d'une sacré force de caractère, tout en révélant progressivement sa fragilité. Encore une immense prestation de Tom Hanks, injustement oublié aux Oscars.

Caméras vérité

L'autre pilier, c'est Paul Greengrass. Le cinéaste rend compte de la prise d'otages avec son style quasi-documentaire, sur lequel le bonus du DVD lève le voile. Jusqu'à trois ou quatre caméras sont ainsi parfois utilisées pour filmer une même scène. Un sacré casse-tête, notamment dans le huis-clos d'un navire. Le cinéaste laisse tourner les caméras afin de capturer la "vérité" du moment. D'où un réalisme saisissant et des tensions dramatiques qui prennent en otage le spectateur cette fois-ci. Les face-à-face entre Phillips et les bandits somaliens sont asphyxiants. Mais Greengrass sait aussi filmer les séquences d'action, et plutôt bien - les deux Bourne et Green Zone en témoignent. Le paroxysme du suspense est atteint lors des dernières 30 minutes, quasiment filmées en temps réel. Avec un final aussi haletant que bouleversant. 

Car jamais Greengrass n'oublie les personnages, bien au contraire. Sa vision profondément humaniste évite de faire tomber le film dans un manichéisme hollywoodien. Impossible de détester les pirates dont on a découvert les conditions de vie déplorables sans grosses ficelles mélodramatiques, ni voyeurisme. Et, à ce titre, Barkhad Abdi, pour son premier rôle à l'écran, arrive à s'imposer face à l'immense Tom Hanks. Avec son jeu très naturaliste, il fait tout passer : la violence, l'orgueil, la résignation, la souffrance. Espérons que nous pourrons le revoir très vite au cinéma.
 
En attendant, Captain Phillips mérite d'être vu et revu.

Anderton
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