Dossier

vendredi 14 mars 2014

Her : un miracle de sensibilité et de cinéma

 
En salles (le 19 mars) : Il y a des films qui vous cueillent l'épiderme, le cœur, l'imagination, sans même prévenir. Eternal Sunshine of a spotless mind, Chunking Express, Lost in translation ou Un jour sans fin en font partie. Il faudra y ajouter désormais Her, petit miracle de sensibilité, d'imagination et de cinéma ! Peut-être le plus belle surprise depuis... longtemps, dans le genre. La recette de ce miracle ? L'improbable fusion entre la romcom et la S-F, signée par cet petit génie du clip et de la vidéo, Spike Jonze.


Pitch casse-gueule
 
Sur le modèle d'un Michel Gondry, derrière un pitch casse-gueule, se déploie à travers Her l'univers et la sensibilité de son auteur, Spike Jonze. Jusque-là étroitement associé à l'univers de Charlie Kaufman, il s'en est libéré avec le splendide Max et les maxi-monstres. Pour livrer ici un bijou sensoriel absolument unique, par sa créativité et sa sensibilité. Sur un pitch qui rappelle celui de SimOne de Andrew McNiccol avec Al Pacino – un homme tombe amoureux d'une créature virtuelle, ici un OS incarné par la seule voix de Scarlett Johansson – il livre un scénario imparable. Pour lequel il vient de décrocher un Oscar.
 
La solitude, bleue comme une orange
 
En privilégiant les travellings langoureux, les images transparentes, en recréant une ville tentaculaire, mais dans laquelle on ne voit qu'une dizaine de personnages, en fusionnant les décors urbains de Shanghai et de Los Angeles, il fait œuvre d'architecte. Architecte de notre environnement, certes, mais surtout de nos solitudes et de nos intimités. Le versant solaire de Shame, en fait, de Steve McQueen, qui relatait sur un mode complètement dépressif, dominé par les tonalités gris-bleutées, la destinée d'un homme devenu complètement addict au sexe. En témoignent les partis pris sur la lumière - orangée, jaune, toujours chaude – et les décors – longues baies vitrées, baignées de soleil le jour, de luminescence la nuit. Qui magnifient l'environnement futuriste et lui donnent une crédibilité immédiate.
 
Le meilleur rôle de Scarlett ?
 
Bref, film-concept qui s'évade très vite de son concept, qui ne serait qu'une brillante enveloppe scénaristique et esthétique si Spike Jonze n'avait eu l'intelligence de tout focaliser sur l'humain. Car l'équilibre est fragile. Là où un Marco Ferreri s'était planté – sur sujet tout proche, dans I love you (1986), Christophe Lambert tombait amoureux de son porte-clés ! - , le réalisateur américain parvient constamment à surfer entre le look futuriste, l'incongruité du point de départ, et l'absolue délicatesse avec laquelle il filme ses personnages.
 
Tous ses personnages, du principal – Joaquin Phoenix, dans un registre moins grave et mélodramatique que chez James Gray, confirme l'étendue de son talent, de la légèreté à l'émotion, en passant par les hauts et les bas de la bipolarité – aux secondaires, notamment son ex incarnée par Rooney Mara. Comble : il parvient également à nous émouvoir avec Samantha, cet OS qui parle avec la voix rauque, sensuelle et charnelle de Scarlett Johansson. Disons-le tout net : son meilleur rôle depuis Lost in translation, même si initialement, c'est Samantha Morton qui devait "incarner" vocalement ce personnage.
 
Soundtrack atmosphérique
 
Vibrante, épidermique, atmosphérique, cette fable amoureuse, qui rend amoureux de l'amour, ne serait pas aussi réussie sans l'atmosphère musicale qui la baigne. Là, d'Arcade Fire à Aphex Twin, en passant par Yeah Yeah Yeahs et un duo d'une grâce inouïe entre Joaquin Phoenix et Scarlett, Spike Jonze, autrefois clipman pour Björk, les Beastie Boys ou les Daft Punk, nous comble au-delà de toute espérance.
 
Travis Bickle
 
 

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