dimanche 11 mai 2014

Rétro Vilmos Zsigmond, le chef op du Nouvel Hollywood


[Mise à jour 3 janvier 2016] Vilmos Zsigmond, directeur de la photographie emblématique du cinéma américain des années 70, est décédé, à l'âge de 85 ans. Il avait travaillé avec les plus grands : Michael Cimino - Heaven’s gate, of course, Voyage au bout de l’Enfer ; Brian De Palma - Blow Out, Obsession, Le Dahlia Noir, Le Bûcher des vanités ; Woody Allen - Le rêve de Cassandre, Melinda et Melinda ; Le Bel inconnu ; et plus inattendu, Richard Donner - Assassins et Maverick


Artistes : Les rétrospectives consacrées aux directeurs de la photographie sont suffisamment rares pour ne pas les passer sous silence. Et pourtant, au-delà du talent des réalisateurs, nul doute que les images d’un Fassbinder n’auraient pas la même empreinte sans la contribution de Michael Balhaus à son univers, celles de Kubrick sans celle de John Alcott, de Bernardo Bertolucci sans celle de Vittorio Storaro ou de Francis Coppola sans celle de Gordon Willis ! 

Et s’il est bien un chef opérateur emblématique du cinéma américain, c’est bien Vilmos Zsigmond, auquel le cinéma Grand Action rend hommage pendant une dizaine de jours à partir du 11 mai : projections, carte blanche, mais aussi master class le dimanche 18 mai à 14h. Dix jours pour se familiariser avec l’univers visuel d’un des plus grands chefs op’ du cinéma américain contemporain. L'occasion pour Cineblogywood de revenir sur quelques masterpieces indispensables pour cerner son importance. 



1971 : John McCabe (McCabe & Mrs Miller), de Robert Altman : images à la fois sombres et chaleureuses pour ce western sous la neige, à la fois jouissif et déprimant, incarné par Warren Beatty et Julie Christie.



1973 : Délivrance, de John Boorman. Son travail sur la lumière – où dominent les tonalités grises et bleutées – accentue l’angoisse qui saisit le groupe de citadins venus se ressourcer en canoë.



1973 : L’Epouvantail (Scarecrow) de Jerry Schatzberg. Palme d’Or à Cannes, le film archétypal du Nouvel Hollywood, qui narre la destinée de deux laissés pour compte du rêve américain, Al Pacino et Gene Hackman. On n’est pas près d’oublier les images inaugurales de leur rencontre, sur une route battue par le vent, le sable et les buissons.



1977 : Rencontres du 3e Type (Close Encounters of the Third Kind) de Steven Spielberg. Peut-être le film le plus visuel de son réalisateur. Faut-il rappeler la scène finale, véritable symphonie de sons et lumière, pour illustrer l’apport essentiel de Vilmos Zsigmond à la réussite du film ? Oscar de la meilleure photographie.



1978 : Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter) de Michael Cimino. Pari gagné haut la main : tourner en plein été sous une chaleur de plomb un film dont l’action est censée se dérouler en plein hiver…On n’y voit que du feu – ou plutôt que de la neige et de la glace !



1980 : La Porte du Paradis (Heaven's Gate) de Michael Cimino. Peut-être son chef d’œuvre visuel. Requiem en couleurs pour un massacre annoncé. Son travail sur l’éclairage – qui rappelle par moments celui de John McCabe, dominé par des tonalités à la fois sombres et chaleureuses – apporte une dimension à la fois épique et mélancolique à l’évocation de cet épisode mal connu de l’histoire américaine.



1981 : Blow Out de Brian de Palma. Dans ce pseudo-remake de Blow Up d’Antonioni, Zsigmond gagne là encore un pari pas gagné d’avance : celui de donner une tessiture visuelle à une intrigue basée sur... des pistes sonores. Ambiance nocturne, baignée d’éclats rouges et bleus.



1990 : The Two Jakes de Jack Nicholson. Le sequel de Chinatown serait-il le trésor visuel inconnu de sa filmographie ? Son travail vaut tout autant celui de John Alonzo sur Chinatown – c’est dire !




1992 : Crossing Guard de Sean Penn. On ne remerciera jamais assez Vilmos Zsigmond d’avoir transcendé l’atmosphère parfois un peu pesante de l’intrigue par une lumière nocturne urbaine de toute beauté, qui parvient à lui donner des accents dostoivskiens.



2007 : Le Rêve de Cassandre (Cassandra's Dream) de Woody Allen. Là encore, atmosphère à la Dostoievski pour ce conte immoral gorgé d’ombres et de lumière londonienne. Mal aimé des critiques, c’est pourtant l’une des plus grandes réussites du chef opérateur.



Saluons donc cette belle initiative. Et attendons une rétrospective consacrée à l’autre grand Hongrois du cinéma américain, également indissociable du Nouvel Hollywood, comme lui : Laslo Kovacs (Easy Rider, 5 pièces faciles)



Découvrez le programme de la rétro 

copyright photo : AFCinema

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