mardi 13 mai 2014

Nicolas Cage, le Phoenix du cinéma américain


Artistes : Ces derniers temps, Nicolas Cage était devenu la risée des cinéphiles. Entre ses choix de films plus que douteux, ses délires capillaires et son jeu outrancier, on le pensait perdu. Et vint Joe, de David Gordon Green : sans moumoute, la barbe touffue, tout en retenue et en violence contenue, il remet les compteurs à zéro. Pour rappeler qu’il est un immense acteur, capable d’imposer un personnage en quelques plans, quelques mouvements, parfois rien qu’avec sa voix et un regard bien placé. Et ce sans se départir de son sens de l’excès et de l’autodérision. 

Occasion pour nous de rappeler qu’il possède un impressionnant tableau de chasse – Coppola, Scott, Woo, Scorsese, De Palma, Coen, Jewison, Parker, Lynch, Jonze, Stone, Herzog. Et de reparcourir sa filmographie en 10 films – un parcours très subjectif centré sur 10 rôles marquants. 


1985 : Birdy d’Alan Parker. Dans le rôle d’Al, il revient du Vietnam, défiguré. Et décide d’entrer son ami Birdy, traumatisé par le conflit, prostré et totalement muet. Grand rôle pour Nicolas Cage, qui joue de sa carrure et de son bagout, face à un Matthew Modine bouleversant. Le meilleur film d’Alan Parker ? A vérifier, avec le temps... Grand prix du Jury au festival de Cannes 1985.



1986 : Peggy Sue s’est mariée (Peggy Sue Got Married) de Francis Coppola. Dirigé par son oncle – qu’il dirige également dans Rusty James (1983) et Cotton Club (1984) – Nicolas Cage y est le mari de Kathleen Turner, propulsée 20 ans en arrière face à son nouveau destin. Crédible aussi bien en ado des fifities qu’en mari pathétique, mais prêt à faire amende honorable, l’acteur impose son personnage avec beaucoup de finesse. Et forme avec Kathleen Turner l’un des plus beaux couples du cinéma de Coppola.



1987 : Arizona Junior (Raising Arizona) des frères Coen. Coiffure à la Woody Wood Pecker, Nicolas Cage y est ébouriffant dans ce pseudo road-movie aux allures de comics, transformé en satire de l’American way of life. Dans un personnage au début assez mécanique, il parvient à lui insuffler une émotion qu’on n’attendait pas de sa part. Ni des frères Coen. Tiens, on aimerait bien que les bros refilent un rôle à Nicolas Cage !




1990 : Sailor et Lula (Wild at Heart) de David Lynch. Palme d’Or à Cannes, rôle iconique de ce bad boy à la peau de serpent, fou d’Elvis et du magicien d’Oz, raide dingue de sa sulfureuse Lula, il tient le rôle d’une vie. On n’est pas près d’oublier ses hypnotiques bouffées de cigarettes. Ou de la manière rock’n roll dont il rejoint Lula en enjambant toutes les voitures..



1995 : Kiss of Death de Barbet Schroeder. Remake de Carrefour de la mort (1947, Henry Hataway), ce polar urbain marque le retour – déjà ! – de l’acteur qui avait enquillé des panouilles sans intérêt complètement oubliées (Milliardaire malgré lui, Un ange gardien pour Tess, Lune de miel à Las Vegas). Là, dans le rôle du bad guy, asthmatique, body buildé, il s’impose très facilement, alors qu’il n’est qu’un second rôle. Un solide polar injustement oublié – comme son réalisateur, du reste !



1996 : Leaving Las Vegas de Mike Figgis. Rien à faire : c’est le film de la consécration. Aussi imbibé que son personnage, Cage y est impressionnant de folie auto-destructrice – sa compagne de déchéance Elisabeth Shue tout autant. Je n’en dirais pas tant du film, assez médiocre dans sa facture et son propos. Oscar du meilleur acteur pour Nicolas Cage.



1997 : Volte-face (Face/Off) de John Woo. Castor Troy ! LE bad guy le plus fort de tous ceux incarnés par Nicolas Cage. Electrique et puissant, une véritable performance d’acteur qu’il partage avec son comparse John Travolta, son ennemi juré. L’un des films d’action majeurs des années 90.



1998 : Snake Eyes de Brian de Palma. Témoin impuissant d’un meutre politique lors d’un combat de boxe truqé à Atlantic City, Nicolas Cage est le porte-parole du spectateur dans l’un des tout meilleurs films de De Palma. En mouvement perpétuel, crâneur, flambeur, Cage est aussi impuissant que le spectateur à comprendre ce qui se passe sous ses yeux. Pur film d’action, c’est aussi une réflexion quasi-debordienne sur la société du spectacle, et quasi-philosophique sur le rôle du regard – oui, oui ! Et dans lequel Cage apporte son souffle et son bagout.



2003 : Les Associés (Matchstick Men) de Ridley Scott. Escroc bourré de TOCS, agoraphobe, en proie à des attaques de panique, on ne pouvait rêver mieux comme anti-héros pour Nicolas Cage ! Dans cette chronique totalement inattendue de sa part et de celle de son réalisateur Ridley Scott, il est prodigieux en escroc au bout du rouleau, qui découvre avoir une fille qu’il n’a jamais connue. Méconnu, car incompris. Ferait l’objet d’une série sur HBO de nos jours ! 




2005 : The Weather Man de Gore Verbinski. S’il fallait n’en sélectionner qu’un, aucun doute, c’est celui-là ! Sorti techniquement en France dans l’indifférence générale, Weather Man est un bijou d’écriture. Sorte de fable critique sur la réussite, il est dominé par un Nicolas Cage impressionnant de justesse. En Monsieur Météo dépressif, dépassé par sa famille, sur le point d’aborder une nouvelle phase de sa carrière, avec son air de chien abattu, il rappelle bien souvent... Bill Murray. Ses face à face avec son père castrateur, sur le point de mourir, sont à la fois terribles et très émouvants. Bref, à redécouvrir absolument, ne serait-ce que pour Nicolas Cage.

 


Travis Bickle
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