lundi 12 mai 2014

La Valse des pantins : nouvelles pépites pour un joyau méconnu


En DVD et Blu-ray : Il y a trois ans, ressortait sur les écrans l’un des joyaux les plus méconnus de Martin Scorsese, La Valse des pantins (The King of Comedy, 1983). Le 14 mai, toujours sous l’égide de Carlotta, est éditée enfin une version vidéo digne de ce nom. Inutile de revenir sur le film, que nous avions évoqué ici (La Valse des Pantins : Bob, reviens !) – un film grinçant, satirique, en avance sur son époque, qui fut un cuisant échec commercial pour Scorsese. S’il faut souligner la qualité de la restauration haute def par Carlotta, concentrons-nous sur les bonus, absolument passionnants. Des modèles. Indispensables à tout scorsésien.



Thelma et... Marty

Quarante minutes en compagnie de Thelma Schoonmaker, la monteuse attitrée de Martin Scorsese, qui a travaillé sur quasiment tous ses films, ça ne se refuse pas ! A 74 ans, alerte et affable, elle dévoile quelques secrets de fabrique : "En salle de montage, Martin branche TCM sur un moniteur pour pouvoir voir de grands films en permanence, toute la journée. Ils nous inspirent !". Une méthode qui a porté ses fruits, puisqu’elle a décroché 3 Oscars du meilleur montage (Raging Bull, Aviator, Les Infiltrés). 

Si elle se révèle la plus grand fan du cinéaste - "Martin Scorsese s’implique énormément dans ses films. C’est un monteur né. (…) Il m’a tout appris. (…) C’est en salle de montage qu’il façonne son film" - elle n’en reste pas moins lucide pour reconnaître que "The King of Comedy fut un désastre !" sur le plan commercial et sur le plan psychologique, Scorsese s’enfonçant dans une grave dépression. A l’origine de ce hiatus entre le public et le film – largement comblé depuis – le sentiment d’avoir affaire à un film insaisissable, entre comédie satirique et un "scary movie, un film sur le sentiment d’être un outsider". Une très précieuse et forte interview.

Trio infernal

Grand moment que cette interview croisée, sur la scène d’un cinéma new-yorkais, entre Marty, Bob et Jerry Lewis ! Où se confirme l’impression que ce King of Comedy est d’abord un film de Robert DeNiro : l’acteur raconte en avoir présenté le scénario à son complice pendant la promotion de Taxi Driver, c’est-à-dire dès 1976 ! Et Scorsese ne le lira qu’en 1980 pendant le tournage de Raging Bull, pour l’accepter, après les refus de Michael Cimino et Sydney Pollack. Autre confirmation qui apparaît en filigrane : c’est le premier film de l’après-Nouvel Hollywood, sorti dans la foulée de l’échec de Heaven’s Gate et de la faillite de la United Artists. D’où le rejet dont il fut l’objet. Autre point à noter : la volonté de Scorsese de faire un film à l’image de ce qu’il dénonçait alors, la télévision : d’où une mise en scène qu’il voulait statique, "antiseptique", déclare-t-il. 

Enfin, bel hommage de Scorsese à Jerry Lewis, surtout le réalisateur. Certes, voir Scorsese s’esclaffer aux blagues de Jerry Lewis reste un grand moment ! Mais l’entendre rendre hommage au cinéaste en déclarant que Le Tombeur de ces Dames (The Ladies Man, 1961) l’a inspiré pour tourner la scène inaugurale de Gangs of New York n’en reste pas moins jouissif…Et confirme, si besoin en était, l’étendue de la cinéphilie de Marty.

Travis Bickle


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