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lundi 22 décembre 2014

Top 10 des scènes cultes 2014


En salles : C'est la fin de l'année et le début des classements. Au-delà de l'impression générale que nous laissent les films, il y a souvent des scènes qui nous marquent. Qu'elles soient sensuelles, hiphop ou flippantes. Voici mon Top 10, pas forcément par ordre de préférence. En toute subjectivité.
 


1) La scène la plus sensuelle : Ida, Pawel Pawlikowski
Ida (Agata Kulesza) la jeune héroïne, est religieuse. Elle porte une coiffe. Au fur et à mesure de l’avancée du film, elle dévoile peu à peu sa féminité jusqu’au moment paroxystique où elle enlève sa coiffe et dénoue ses cheveux, devant la glace. Un sommet de sensualité... dans la plus grande chasteté. Le format carré, l’image, la beauté simple et naturelle de l’actrice...Un grand moment de cinéma.



2) La scène la plus hip hop : States of Grace, Destin Cretton

Marcus (Keith Stanfield) est l’un de ces jeunes dont s’occupe Grace, dans ce centre pour ados en difficulté où elle travaille avec son mec, Mason (John Gallagher Jr). Marcus apprend que sa mère est sortie de prison, et qu’il va donc devoir quitter le centre. Pas forcément à l’aise pour exprimer son angoisse dans une discussion "classique", il pose alors quelques rimes, sur un simple beat frappé à la main : flow impeccable, lyrics bouleversants, Marcus balance l’histoire de sa life dans devant un Mason médusé, impressionné, et bouleversé. Tout comme nous. A moment of grace.



3) La scène la plus poétique : Bird people, Pascale Ferran

Respectons le souhait de Pascale Ferran, et ne disons rien de ce qui se passe avant cette scène. Un moineau s’engouffre par une fenêtre ouverte, dans une chambre d’hôtel quelconque, à côté de l’aéroport de Roissy. Un jeune aquarelliste est en train de dessiner, au pinceau et à l’encre de Chine, et il commence à peindre l’oiseau. Un jeu s’installe entre le peintre et le modèle (rappelons-le, un moineau), très peu de paroles, de l’encre sur un papier… C’est drôle inventif, et magnifiquement poétique.

4) La scène la plus break-up 2.0 : Bird people, Pascale Ferran
Dans la chambre impersonnelle d’un hôtel comme il en existe à côté de tous les aéroports de grandes villes, Gary (Josh Charles) pète les plombs. Après une nuit sans sommeil, il décide de tout changer dans sa vie. De repartir à zéro. Et donc de rompre avec sa femme (Radha Mitchell). Par Skype. Une première, selon moi, au cinéma. C’est une scène très dure, intense, et terriblement juste…. Très belle performance du duo d’acteurs, parfaits.

5/La scène la plus flippante : Les Bruits de Recife, Kleber Mendonça Filho

Une nuit, une petite fille se réveille dans son compound sécurisé, réservé à la classe moyenne supérieure. Du balcon de son appartement, elle voit alors un jeune garçon enjamber le mur d’enceinte, et se glisser dans le compound. Puis un deuxième, un troisième, un quatrième… C’est finalement toute une armée d’enfants des rues qui envahit son immeuble. On comprend finalement qu’elle est en train de rêver : son cauchemar, totalement flippant, illustre bien la paranoïa de la société brésilienne, sujet central de ce joli film.

6) La scène la plus jubilatoire : La Crème de la crème, Kim Chapiron
Jaffar (Karim Ait M'Hand), grand fap addict devant l’éternel, vient enfin, après de très nombreux râteaux, de passer la nuit avec une fille. Pour ça, il a bénéficié d’un bon coup de pouce de son coloc Dan (Thomas Blumenthal)… Le matin, il file donc réveiller Dan, plus heureux que s’il était le roi du monde, en chantant à tue-tête « Ecoute moi camarade ». La chanson de Rachid Taha est géniale, les deux acteurs ont vraiment l’air de s’éclater, leur plaisir est ultra communicatif et nous plaque un big smile sur la gueule ! Jouissif et jubilatoire !



7) La scène la plus haute-couture : Saint Laurent, Bertrand Bonello

Le beau film de Bonello se termine (quasiment) sur le défilé ballets russes, un des sommets de la carrière de Saint Laurent. C’est visuellement sublime - robes, lumières, cadrages - et cinématographiquement intense, tant on ressent le stress, inhérent à tout défilé, décuplé chez Saint Laurent (Gaspard Uliel)... L’utilisation du split-screen est alors un double hommage : au cinéma de l’époque (les seventies), qui aimait tant cette technique ; et à Mondrian, que Saint Laurent adorait, tant la manière de découper l’image évoque les tableaux graphiques du maître néerlandais.
 
8) La scène la plus chamboulante, Mommy, Xavier Dolan
 
Au moment de le faire interner, Die (Anne Dorval) imagine la vie qu’elle aurait voulue pour son fils. Dans un très joli flouzard, défile alors la vie rêvée de Steve : Steve jeune adulte, Steve et sa petite amie, son mariage… Une scène magnifique, terrible et bouleversante : on sait bien la réalité que va affronter Die lorsqu’elle rouvrira les yeux.
 
9) La scène la plus R’n’b : Bande de filles, Céline Sciamma
 
Une chambre d’hôtel Formule 1 pourri, avec quatre filles dedans. Elles font la fête, bédavent et picolent un peu, et essayent leurs robes piquées le jour même dans les magasins, auxquelles les antivols sont toujours attachés. Et elles chantent sur Diamonds, la chanson de Rihanna. Une lumière bleutée qui magnifient plus encore ces filles, pourtant déjà canons. Quatre meufs qui bougent comme des déesses. Un truc magique qui se passe entre elles... LA scène de l’année.
 

 
10) La scène la plus grammy de la meilleure performance musicale féminine de l’année : ex-aequo My Sweet Pepper Land, Hiner Saleem; Only lovers left alive, Jim Jarmush
 
Govend (Golshifte Farahani), joue du Hang - cet étrange instrument venu de Suisse - au milieu des montagnes du Kurdistan. Paysages magnifiques, musique qui rappelle étrangement les steel drums caribéens, et le visage triste de la sublime Golshifte (non doublée, c’est elle qui joue de l’instrument).
 

 
Dans un café de Tanger, Yasmine Hamdan, la chanteuse libanaise, chante « Hal ». Une ambiance envoutante, un néon qui donne une lumière bleutée, un public d’hommes et de femmes fascinées par la chanteuse, le son hypnotique des Karkabou, ces castagnettes marocaines, qu’on retrouve dans la musique Gnawa. Adam (Tom Hiddleston) est, comme nous, envoûté.
 


Auraient aussi pu figurer dans cette liste :
 
- Mommy : la scène où Steve (Antoine Pilon) skate, et où il élargit le cadre, allant chercher un surcroit de liberté dans cet écran un peu plus large.
 
Timbuktu : la partie de foot sans ballon, chorégraphie magnifique et tragique, dans ce qu'elle dit de la vie sous le joug des djihadistes.
 
- Interstellar : le visionnage par Cooper (Matthew McConaughey), bouleversé, de la cassette envoyée par ses enfants, Tom (Casey Affleck), et surtout Murph (Jessica Chastain), qu'il voit adulte pour la première fois.
 
- Tom à la ferme : le générique de fin, où Tom (Xavier Dolan) rentre en voiture à Montréal, avec le très beau Going to town de Rufus Wainwright.
 
Fred Fenster
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