lundi 1 décembre 2014

Fat City : John Huston défie le Nouvel Hollywood sur le ring


En DVD et Blu-ray : Si je vous dis "boxe au cinéma", vous répondez Rocky, Raging Bull, voire Million Dollar Baby. Et j'en aurais fait autant... jusqu'à ce que je découvre Fat City (La Dernière chance, 1972), un magnifique film de John Huston - un de plus ! - qui fait l'objet d'une belle édition signée Wild Side - une de plus !

Le film s'ouvre sur un mec en slip, qui traîne dans la piaule miteuse d'un hôtel de Stockton, en Californie. Billy Tully est une ancienne gloire locale de la boxe. Par ennui plus que par envie, Billy s'arrache finalement de son pieu pour aller s'entraîner dans un gymnase. Il y découvre Ernie, un jeune gars en qui il voit un futur grand champion.

D'emblée, John Huston plante le décor, avec une succession de plans dignes d'un documentaire : le bled paumé, les bars du centre-ville où traînent les oubliés de l'Amérique - Noirs, Latinos, Blancs, qui qui courent après les petits boulots agricoles pour se payer des coups. Avec une ballade de Kris Kristofferson en fond sonore (Help Me Make It Through The Night).



Dans ce décor miteux, deux losers magnifiques, comme Huston sait si bien les filmer. Des personnages qui veulent y croire ou feignent d'y croire : Billy, le vétéran désabusé qui a troqué les gants pour de l'alcool bon marché, ressassant sa gloire passée, imaginant pouvoir remonter sur le ring pour relancer sa carrière, sa vie ; Ernie, le débutant naïf qui se laisse embringuer dans une aventure qui le dépasse. Jusqu'à ce que la réalité leur reviennent en pleine face, comme un uppercut.

Les combats de boxe sont filmés avec le même réalisme que les rues de Stockton. C'est long, les coups s'enchaînent, le souffle se fait court... le spectateur est sur le ring et rien ne lui est épargné. Huston ne cherche pas à rendre esthétique un sport où les deux adversaires s'en mettent plein la geule. Et une fois le combat terminé, vainqueur et vaincu retournent à leur vie pitoyable. Terribles images ! On dirait du John Fante.

Stacy Keach (le Mike Hammer de la série éponyme, pour les moins jeunes de nos lecteurs) livre l'une de ses meilleures prestations. Il donne une étincelle à son personnage pathétique et parvient à nous le rendre sympathique. Face à lui, le jeune Jeff Bridges, dont la maturité du jeu nous explose au visage. N'oublions pas Susan Tyrell, qui campe une paumée, aussi alcoolique qu'amoureuse, dont la fragilité bouleverse.

Fat City sort en 1972 et John Huston rappelle à la nouvelle génération du Nouvel Hollywood que le patron, c'est encore lui. Ne passez pas à côté de ce bijou, qui fait l'objet d'une superbe édition chez Wild Side, avec blu-ray, DVD et livre signé Samuel Blumenfeld.  

Anderton




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