vendredi 10 avril 2015

Antonioni (5/6) : le lent chemin du retour


Artistes : Michelangelo Antonioni est à l'honneur à la Cinémathèque via une exposition (jusqu'au 19 juillet) et une rétrospective (jusqu'au 31 mai). Aujourd'hui, cinquième de nos six posts consacré au cinéaste italien.


Le Mystère d'Oberwald (1980). Après quatre années d'inactivité cinématographique et qu'il consacre à la peinture – sa série des Montagnes enchantées – et à l'écriture de nouvelles, Antonioni se lance dans l'adaptation de l'une d'entre elles, Ce corps de boue, avec Robert de Niro. Mais le retrait des capitaux américains obligent le cinéaste à en annuler le tournage. Qui reviendra sous la forme d'un des segments de Par-delà les nuages en 1996. Réalisé en 1980 à la demande de Monica Vitti et de la Rai, après cinq ans d’absence sur les écrans, Le Mystère d'Oberwald reste un mystère à lui seul. Jugez-en plutôt : un matériau d’origine inattendu, une pièce de Cocteau s’inspirant des amours d’Elisabeth d’Autriche et de Louis II de Bavière et qu’on aurait bien vue adaptée par un autre Italien, Visconti ; un matériau qui plus est, théâtral, avec de longues tirades et dialogues, c’est-à-dire l’opposé de ce qui constitue la matière du cinéma d’Antonioni ; et en costumes, Ce qui pour le peintre de la modernité qu’est Antonioni relève du contre-sens. Et hormis Monica Vitti, un casting d’inconnus, plus inexpressifs les uns que les autres... Seul intérêt : l'utilisation de la vidéo, et la mise en scène chromatique de l'intrigue – preuve qu'Antonioni demeure toujours tourné vers le futur et l'expérimentation, au moment même où Coppola fait de même avec Coup de cœur.


Identification d'une femme (1982). Véritable retour d'Antonioni à l'Italie, Identification d'une femme est un film novateur par rapport à l'univers du cinéaste : ses personnages ne sont plus en crise, mais évoluent dans une société en crise. D'où le refuge vers l'imaginaire et la science-fiction qui habite son personnage principal, un cinéaste désoeuvré, qui part à la conquête de jeunes femmes. Elégance des images, sécheresse du montage, maîtrise des motifs visuels – inoubliable séquence d'une automobile immobilisée dans le brouillard -, Identification d'une femme apparaît avec le recul comme une sorte de testament esthétique d'Antonioni et une forme d'adieu à un cinéma et des thématiques qui lui ont permis d'accéder au rang de maître du cinéma européen : mystère féminin, énigme de notre présence au monde, silence spirituel.


Malgré sa volonté de continuer à tourner, il subit de nombreuses déconvenues avec les producteurs qui le forcent à se tourner vers d'autres formes d'expression. "La peinture et l'écriture sont des activités qui font partie intégrante du cinéma", déclare-t-il. La littérature, avec la publication de son recueil de nouvelles Rien que des mensonges (1985) ; la peinture, avec sa série des Montagnes enchantées ; le clip video, avec celui de Fotoromanza, le tube de Gianna Nannini. Puis, fin décembre 1985, une commotion cérébrale laisse le cinéaste aphasique. Un comble pour celui qui avait été surnommé le cinéaste de l'incommunicabilité.


Ce qui ne l'empêche pas de travailler : outres aux différentes moutures de son scénario devenu mythique de L'Equipage, il s'attelle avec Bertolucci et Rosi à un documentaire sur la Coupe du Monde de football en 1989 ; puis à un fonds documentaire qui lui est dédié, et qui sera édité en plusieurs volumes sous l'égide de Carlo di Carlo ; enfin, en 1992, il tourne pour l'EDF italienne cinq courts métrages célébrant les beautés naturelles de la Sicile. La même année, il publie un recueil de portraits.
Par-delà les nuages (1995). Miracle : alors que Alain Robbe-Grillet lui propose de jouer dans une version du Roi Lear au cinéma, Antonioni se voit confier par le même producteur Stéphane Tchalgadjieff le tournage de Par-delà les nuages, en compagnie de Wim Wenders. En reprenant certaines des nouvelles de son recueil Rien que des mensonges, Antonioni raconte quatre histoires dépendantes les unes des autres, quatre rencontres, quatre histoires d'amour aux conclusions parfois déroutantes. Casting international de luxe (et incongru!) – Fanny Ardant, John Malkovich, Peter Weller, Ines Sastre, Kim Rossi Stuart, Sophie Marceau, Vincent Perez et Jean Reno – encadré par un duo magique, Marcello Mastroianni et Jeanne Moreau.


Eros (2003). Dans ce film à sketches, signé également par Wong Kar Wai et Steven Soderbergh, Michelangelo Antonioni réalise une histoire au titre programmatique : Le Périlleux enchaînement des choses. Malheureusement, son film n'est pas tout à fait à la hauteur des attentes que l'on avait en lui. Surtout à côté du vertigineux métrage signé de Wong Kar Wai.


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