Dossier

samedi 11 avril 2015

Antonioni (6/6) : trésors perdus et successeurs


Artistes : L'événement Michelangelo Antonioni bat son plein à la Cinémathèque via une exposition (jusqu'au 19 juillet) et une rétrospective (jusqu'au 31 mai). Aujourd'hui, sixième et dernier article de notre saga consacrée au cinéaste italien


Bien évidemment, comme celle de nombreux pairs, la carrière d'Antonioni recèle de nombreux trésors, parfois inaboutis. En vrac, une adaptation de Barrage contre le Pacifique, de Duras, finalement confiée à René Clément ; un biopic consacré à Saint François d'Assise ; un polar situé dans  dans le milieu de la mode milanaise, avec Charlotte Rampling et Terence Stamp. Surtout, trois projets l'ont longtemps suivi : L'Equipage (1982 et 1985), qui faillit se monter plusieurs fois, dont une avec Scorsese en co-réalisateur, avec, selon les versions Robert Duvall, puis Roy Scheider ; Le Cerf-Volant, fable fantastique située dans les steppes de l'Asie centrale, dont certains morceaux subsistent dans Identification d'une femme ; Techniquement douce, dont le tournage devait se dérouler en Amazonie et qui fut maintes fois repoussé par Carlo Ponti. Force d'Antonioni : les avoir recyclés soit sous forme de nouvelles dans ses différents recueils, soit les avoir intégrés dans ses longs métrages.

Pas d'héritiers directs, des successeurs

La rétrospective que lui consacre la cinémathèque consacre également la modernité d'un cinéaste déjà moderne en son temps. Disparu le même jour que l'autre grand maître du cinéma européen des années 60-70 Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni laisse peu d'héritiers directs. On peut d'avantage évoquer des successeurs qui volontairement ou pas, rappellent des plans, une démarche ou une thématique proche du maestro italien. Francis Ford Coppola avec Conversation secrète, et Brian de Palma, avec Blow Out, s'inspirent directement de Blow Up – tout au moins, de son intrigue. Robert Altman, avec Trois femmes, notamment, est très proche d'Antonioni dans son approche du paysage comme reflets des personnalités qu'il dépeint. Gus Van Sant, avec son hypnotique Gerry ; Michael Mann, pour ses expériences formelles, ses effets de suspension temporelles atmosphériques, et leur goût commun pour la musique de Tangerine Dream. 


Du côté asiatique, beaucoup de monde : Wong Kar Wai, bien évidemment, avec In the moood for love et 2046 ; Tsai Min Liang, avec son glaçant premier chef d'oeuvre Vive l'amour ; ou Hou Hsiao Hsien avec Millenium Mambo. Enfin, côté européen, évidemment, Tarkovski, Angelopoulos, Wenders, Resnais Depardon, Bilge Ceylan  reconnaissent la dette qu'ils ont envers Antonioni.  Cinéastes auxquels on peut ajouter le Français Bruno Dumont qui rend un hommage explicite à Zabriskie Point avec son terrible 29 Palms.



Convergences Sautet-Antonioni

J'y ajouterais un cinéaste a priori éloigné du maître italien. Et pourtant, à regarder ses trois derniers films, on y relève de véritables convergences thématiques et stylistiques. Ce réalisateur, c'est Claude Sautet. Privilégiant les intermittences du cœur, les mouvements rythmiques souterrains, les effets de contemplation aux explications dialoguées et psychologisantes, Un cœur en hiver, par exemple, doit beaucoup à Antonioni – à L'Eclipse, en particulier. J'en eus pour preuve ses propos admiratifs suivants à propos du cinéaste italien : "Antonioni entre dans des zones de récit que personne n'avait abordées. (…) Comme dans Jeux de Debussy. (…) Dans ses films, l'homme n'est pas actif. Il est complexé par rapport à l'activité sentimentale, sensuelle, créatrice de la femme".


Bref, vous l'aurez compris, il est toujours temps de (re)découvrir Antonioni !




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