mercredi 8 avril 2015

La French : Massilia Dope System


En DVD et Blu-ray : La French est sorti en vidéo. Cineblogywood vous donne cinq bonnes raisons de (re)voir ce thriller ambitieux et couillu à tous points de vue.


1) Une histoire vraie bigger than life
Au mitan des années 70, Marseille est devenue la plaque tournante du trafic d'héroïne. Sous l'autorité de puissants gangs mafieux, des chimistes produisent au sein de laboratoires clandestins de l'héro d'une pureté inégalée qui se répand notamment sur le marché américain. Police et justice tentent de démanteler ce réseau qui bénéficie de complicités chez les flics et à la mairie de Marseille. Avec une telle histoire, il y aurait eu de quoi faire une grande série. En 2h15, le jeune réalisateur Cédric Jimenez signe une oeuvre de pur divertissement, dans la veine des meilleurs films sur le gangstérisme (Les Affranchis, Romanzo Criminale...), en même temps qu'un témoignage sans concession sur une époque et des politiciens que les moins jeunes d'entre nous ont bien connu. Gaston Defferre, l'ex-maire socialiste de Marseille et ministre de l'Intérieur, n'en sort pas grandi.

2) Un duo d'acteurs au sommet
Jean Dujardin face à Gilles Lellouche. Deux potes, deux cadors du cinéma français. Ils ont déjà tourné ensemble (Les Infidèles) mais cette fois-ci, finie la comédie. Dujardin interprète le juge Michel, une sorte de croisé aux méthodes peu orthodoxes, prêt à tout pour faire tomber La French. L'acteur révèle une autre facette de son jeu en campant un personnage plein d'autorité, intransigeant, quitte parfois à se révéler détestable. Pour autant, Il n'est jamais antipathique car Dujardin en fait ressortir toutes les failles, toutes les faiblesses. Face à lui, Lellouche joue Tany Zampa, l'un des parrains du milieu marseillais. A priori, du tout cuit tant l'acteur a la "gueule de l'emploi". Et pourtant, Lellouche livre une prestation toute en finesse, sur le fil du rasoir, entre d'un côté la figure attendue du mafieux de cinéma, d'un calme inquiétant mais capable d'accès de violence incontrôlables (on pense évidemment à Robert de Niro) ; et de l'autre, un mari et père de famille aimant, sensible. Sa composition est tout simplement bluffante. Au cours du film, le duo ne se croise que deux fois, notamment lors d'une séquence culte. Ce duel - entre les personnages et les acteurs - tient toutes ses promesses.

3) Une mise en scène électrisante
Pour son deuxième film (après Aux Yeux de tous), Cédric Jimenez tape très fort. Dès la première séquence (d'action), on sait à qui on a affaire. A savoir, un réalisateur qui a intégré le meilleur du cinéma d'action américain sans chercher à le plagier. Une énergie électrisante se dégage de sa mise en scène. Le choix de la caméra à l'épaule y est pour beaucoup. On est happé du début à la fin. Et puis, Jimenez le Marseillais sait filmer sa ville comme personne, loin des clichés habituels. Un réalisateur à suivre !

4) Des seconds rôles épatants
La réussite du film tient aussi au fait que le casting ne s'arrête pas à ses deux têtes d'affiche. Benoît Magimel est exceptionnel en tueur bagousé : on voudrait le revoir dans un spin-off ! Céline Sallette a le rôle difficile : celui de la femme du juge Michel. Epouse inquiète, épouse lassée, épouse en colère mais épouse aimante... Dans la scène où elle retrouve pour la dernière fois son mari, elle est bouleversante de vérité. Son partenaire dans Les Revenants, Guillaume Gouix, est également impeccable, avec son jeu en décalage, un peu étrange. Egalement excellents : Moussa Maaskri, Éric Collado et Cyril Lecomte en gangsters marseillais ; Éric Fraticelli et Gérard Meylan en flics douteux ; Féodor Atkine en Gaston Defferre ; Pauline Burlet en junkie ou encore Patrick Descamps en magistrat bonhomme. Plus en retrait, Mélanie Doutey et Bruno Todeschini assurent.

5) Une reconstitution soignée
Décors, accessoires et costumes nous (re)plongent dans les années 70 sans parasiter le récit. Idem pour la bande-son, également d'époque, qui évite l'écueil du "déjà entendu" pour proposer de belles (re)trouvailles musicales. Du coup, le film en devient intemporel, ce qui renforce son efficacité. Et la photo, signée Laurent Tangy, a su capter le soleil de Provence et donner de l'éclat à cette grande tragédie méditerranéenne.

Le Blu-ray, édité par Gaumont, est magnifique. En bonus, un making of très intéressant et une sélection de scènes coupées au montage. Décidément, la firme à la marguerite, qui a coproduit et distribué La French, a le don de nous sortir de grands polars.

Anderton


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