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mardi 21 avril 2015

Howard The Duck : le couac de George Lucas devenu culte



En DVD et Blu-ray : Chez Lucasfilm, Howard The Duck a longtemps été le vilain petit canard. Cet Ovni (Objet volatile non identifiable) cinématographique ressort heureusement en vidéo dans une belle édition Full HD signée Elephant Films. L'occasion, trente ans après sa sortie, de redécouvrir un film délirant, en avance sur son temps.



Sans queue ni bec

J'ai découvert Howard The Duck à la fin des années 80. Pas lors de sa sortie en salles (1986) mais via une cassette VHS louée à mon vidéoclub un ou deux ans plus tard. Et l'ado que j'étais a été hyper déçu ; certes, les effets spéciaux étaient au top du top - Lucasfilm oblige - mais l'histoire était sans queue ni bec. Visez un peu : un canard extra-terrestre, amateur de cigares, de bière et de Playduck (Playboy pour palmipèdes), se retrouve projeté sur Terre où il tombe amoureux d'une chanteuse puis travaille dans un baisodrome avant d'aller affronter des monstres venus de l'espace... Un scénar pourtant signé par Willard Huyck (également réalisateur) et Gloria Katz, qui ont écrit American Graffiti et Indiana Jones et le Temple Maudit !

Le film a été un bide retentissant pour George Lucas, qui avait porté le projet et produit le machin. Plus de 20 millions de pertes qui l'obligent à vendre Pixar à Steve Jobs. La double peine. Ensuite, Howard the Duck disparaît des radars. Lucas est même accusé de détruire les bobines et VHS ! Mais il existe quelques aficionados qui parviennent à mobiliser une communauté sur les forums. L'arrivée du DVD fait sortir le canard de son marais. D'abord aux States puis, cette année, en France.

What the Duck !

J'avais donc hâte de revoir le film. Et je me suis pris une claque palmée ! Evidemment, les effets spéciaux, les costumes, les chansons façon Prince sont très marqués années 80 mais cet ensemble tient la route. Surtout, avec la maturité (histoire de ne pas parler de mon âge), j'apprécie davantage le texte et le sous-texte, bref le contenu destroy de cette oeuvre tout aussi délirante que le comic book Marvel dont elle est tirée. Howard the Duck est le premier blockbuster (c)anar(d) ! 

Je me souvenais de la présence de Lea Thompson, qui interprète la mère de Marty McFly dans Retour vers le Futur, sorti la même année et qui partage plus d'un point commun avec Howard. La jeune actrice enchaîne ainsi un immense succès puis un four monumental pour deux rôles bien barrés : dans l'un, elle embrasse son fils ; dans l'autre, un canard ! Même roller coaster au box office pour Tim Robbins, qui est à l'affiche de Top Gun en 1986. A noter également la présence de Jeffrey Jones (Joseph II dans Amadeus), qui incarne avec beaucoup de conviction un savant possédé, et les apparitions de Holly Robinson Peete, qui sera au générique de la série 21 Jump Street au côté de Johnny Depp, de 1987 à 1991.

John Barry et Stevie Wonder

J'avais en revanche oublié que la musique était composée par John Barry ! Avec Journey To Earth, Lullaby of Duckland et You're The Duckiest, le Britannique signe des sublimes mélodies - des pépites méconnues de sa discographie où les violons répondent au saxophone -, qui apportent du souffle au film et, bizarrement, s'associent bien aux morceaux funky de la B.O., auxquels participe Stevie Wonder himself ! Oui, je multiplie les points d'exclamation mais avouez que Howard the Duck n'en finit pas de surprendre.

Quant aux effets spéciaux, ils illustrent le savoir-faire de Lucasfilm à sa grande époque : toute l'équipe de Star Wars est mobilisée pour les effets visuels et sonores (Ben Burtt notamment), le stop motion et les bonnes vieilles explosions pleines d'étincelles. Le costume de Howard, porté par un nain (principalement Ed Gale, l'interprète de Chucky), est tellement complexe qu'il a du mal à fonctionner, comme l'explique un bonus, mais finalement, on oublie la techno et Howard prend vie à l'écran. Lucas avait un temps songé à mêler prises de vue réelles et dessin animé (pour Howard) mais Disney veille à ce que rien n'évoque Donald. Ce seront finalement Steven Spielberg et Robert Zemeckis qui reprendront l'idée et l'esprit avec Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (1988).

Décidément, trop en avance, Howard the Duck. Lucas avait d'ailleurs prédit que le film trouverait son public vingt-cinq ans plus tard. Prophétique, d'autant que le canard fait une apparition dans Les Gardiens de la Galaxie. Et George d'enfoncer le clou lors d'un entretien avec Stephen Colbert au Tribeca Film Festival 2015, comme le précise GeekTyrant : "J'ai le sentiment que Marvel va refaire [un film avec Howard the Duck] du fait de la technologie actuelle". Ironie de l'histoire puisque Marvel appartient désormais à Disney, qui a longtemps vu d'un mauvais oeil cette version destroy de Donald...

Le combo Blu-ray + DVD proposé par Elephant Films est magnifique : film en HD et pléthore de bonus qui reviennent sur les galères du tournage, avec beaucoup de témoignages (Huyck, Katz, Thompson, Jones). Une interview de Xavier Fournier, redchef de l'excellente revue Comic Box, éclaire aussi sur la BD bien barge et le statut culte de ce "premier film Marvel". Bref, précipitez-vous sur Howard the Duck, d'ac ?

Anderton


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