lundi 18 juillet 2016

Black : l'amour au sein des gangs

En VoD : Black, d’Adil El Arbi et Bilall Fallah, est sorti le 25 juin, en e-cinéma. Une absence en salle regrettable, pour un film pourtant précédé d’une réputation flatteuse, avec notamment l’obtention du prix Dropbox discovery au Festival de Toronto. Une histoire d’amour sur fond de guerre des gangs à Bruxelles : il fallait que je voie ce film ! 


Mavela et Marwan, tous deux adolescents, appartiennent à deux gangs rivaux : les Black Bronx et les 1080 (le code postal de la commune de Molenbeek). Arrêtés tous deux pour des (petites) conneries, ils se rencontrent par hasard au commissariat, et tombent amoureux. Une histoire d’amour qui, forcément, va à l’encontre des règles de leurs bandes respectives. Alors, que penser de ce West side story à la sauce brusseleer ? 

Commençons d’abord par ce qu’on n’aime pas, ou pas trop

Un scénario un peu trop linéaire, sans surprise : certes, ce n’est pas forcément ce qu’on attend d’un film, surtout d’un film de genre, d’ailleurs, mais dans Black, tout se déroule un peu comme on pouvait l’imaginer. Surtout la fin, presque trop classique, et attendue. Le film comporte également quelques scènes un peu maladroites, qui auraient peut-être mérité d’être coupées au montage. Je pense notamment aux scènes de fêtes ou de concert, ratées (mais celles qui sont réussies sont tellement rares – la fête de La Grande Bellezza étant une exception à cet égard) ; ou à la scène d’amour entre Mavela et Marwan : ça commence plutôt bien, entre tendresse et pudeur, jusqu’au dernier plan, où on voit les deux jeunes amants en plan large, à travers une porte, et ça devient alors trivial et peu crédible...

Plus gênant, le film est plombé par un manichéisme aussi criant que problématique : les 1080, constitués notamment de jeunes rebeus de Molenbeek, ont le beau rôle. Leur principal accès de violence est "légitime", puisqu’ils vengent alors l’une d’entre eux, violemment agressée par les Black Bronx ; et lorsqu’ils réalisent que l’un d’entre eux a volé un sac qui appartient à une dame de septante ans (et ouais, on est Bruxelles, fieu), ils l’insultent. Ils ont un code de l’honneur, en somme. En revanche, chez les Black Bronx, qui sont tous blacks, le viol est courant (c’est même la règle pour toutes les filles qui entrent dans la bande), tout comme l’usage de drogues dures. Le chef a une arme à feu, dont il n’hésite pas à se servir pour faire respecter son territoire. Gentils rebeus contre méchants renois ? Je caricature, bien sûr, mais il y a un peu de ça, et ça pose quand même problème. 


Grosse énergie et casting réussi

Mais je pinaille, comme d’hab ! Car le film a un certain nombre de qualités, bien réelles. A commencer par une grosse énergie, indéniable : du rythme, des courses, et certaines scènes violentes mais pour le coup tout à fait crédibles, comme la bagarre dans le métro. Par ailleurs, le casting est plutôt réussi : les acteurs sont débutants pour la plupart, mais plutôt convaincants, avec une mention spéciale pour l’actrice principale, la jeune Martha Conga Antonio, prometteuse. 

Bruxelles, ma belle

Mais surtout, il y a Bruxelles, filmée magnifiquement. De presque tous les plans, c’est quasiment un personnage à part entière. Cette ville un peu foutraque, charmante mais mal foutue, est sublimée dans Black. C’est LE gros point fort du film à mes yeux : pas de grande originalité dans la mise en scène, certes, des plans déjà vus ailleurs, dans d’autres villes, mais ici, c’est Bruxelles, et c’est drôlement réussi. Précisons d’ailleurs que j’ai vu ce film sur un petit écran d’ordinateur, alors qu’il mériterait clairement d’être projeté sur un grand écran, et de bénéficier d’un son à la hauteur, car la bande annonce recèle quelques bons tracks de rap belge. 

Fred Fenster
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