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samedi 7 décembre 2013

Edouard Molinaro, mort d'un cinéaste désenchanté


Artistes : L'homme était discret et c'est son décès, à l'âge de 85 ans, qui nous rappelle qu'Edouard Molinaro était encore des nôtres. Autre cruelle ironie : Molinaro laisse à la postérité une série de comédies populaires - Oscar, Hibernatus, L'Emmerdeur, Le Téléphone Rose, La Cage aux Folles... - alors que le réalisateur n'avait rien d'un rigolo. L'histoire est connue : Louis de Funès, qui avait besoin que l'équipe technique soit son premier public, ne supportait pas le sérieux de Molinaro sur le plateau. Molinaro qui ne riait pas, tout occupé à positionner sa caméra et à veiller à la composition des plans. D'où des relations tendues malgré deux films ensemble.



Le chef-d'oeuvre et les pépites

Et puis, Molinaro ne se considérait pas comme un cinéaste. Enfin, pas comme un artiste mais comme un faiseur, un "tâcheron" (selon ses propres termes). Et force est de constater que d'un film à l'autre, il alterne mise en scène élégante (Oscar) et mouvements de caméra approximatifs (cf. les pénibles zooms/dézooms de Mon Oncle Benjamin). On avait le sentiment que le réalisateur n'était pas impliqué par ce qu'il filmait - ce qui était faux évidemment. Conséquence : oubli poli de la critique, pour ne pas parler de mépris, même s'il a tardivement obtenu une reconnaissance médiatique avec Le Souper et Beaumarchais.

La discrétion de Molinaro tenait à sa grande culture, a expliqué Fabrice Lucchini, l'interprète de Beaumarchais, sur France Info. Molinaro aimait les livres et, toujours selon le comédien, portait un regard "désenchanté" sur le monde. Question de caractère. De cicatrices aussi peut-être - Edouard Molinaro avait perdu sa femme pendant le tournage de Mon Oncle Benjamin. Ce dernier film est d'ailleurs son chef-d'oeuvre, une oeuvre bouleversante de mélancolie et de joie de vivre (lire notre interview de François Busnel qui en parle magnifiquement). La mort du cinéaste donnera lieu à des rediffusions ici et là. Autant d'occasions de reconsidérer une filmographie certes inégale mais qui recèle bien des pépites.

Anderton


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