mardi 31 décembre 2013

Le Top 15 2013 de Travis Bickle


En salles : C'est la fin de l'année. L'occasion de se prêter au traditionnel Top 10 des films préférés au cours des douze derniers mois. J'en distingue quinze. Quand on aime, on ne compte pas.

The Grandmaster : pas une des réalisations de WKW, des plus décriées – Blueberry Nights – aux plus acclamées – In the mood for love – des plus courtes – saisissant court-métrage La Main dans le film Eros co-signé Soderbergh et Antonioni – aux plus longues et capiteuses – 2046 – n’aura autant magnifié les volutes temporelles, parcouru les boucles spatiales et sublimé ce qu’on appelle communément le cinéma. Et de fait, The Grandmaster, chaînon manquant entre Les Cendres du temps et 2046, est appelé à régner très longtemps dans le haut du top 10 des meilleurs films des années 2000.

Cloud Atlas : incroyable film-monde des Wachowski qui célèbre les puissances narratives et esthétiques du cinéma ! Un blockbuster expérimental bluffant, comme si les moguls hollywoodiens avaient donné la clé du studio et des budgets à deux cinéastes virtuoses, à l’imaginaire narratif digne d’un... Resnais . Epique, audacieux, expérimental.

La Grande Bellezza : Qu'on connaisse ou non La Dolce Vita ou Fellini Roma dont il en est une synthèse adaptée au contexte romain post-Berlusconi, La Grande Bellezza me réconcilie avec Sorrentino. Des idées des mise en scène toutes les minutes, une volonté de s'inscrire dans une filiation ambitieuse parfaitement assumée, une satire mélancolique sur un certain art de vivre et le déclin d'un pays - une réussite dont on peut regretter que Cannes l'ait oubliée !

Mud : avec Mud, on retrouve le lyrisme du récit initiatique des grands auteurs américains – Twain, bien évidemment. Y affleurent aussi les grands classiques du cinéma américain, des plus évidents – La Nuit du Chasseur, La Forêt interdite – aux plus contemporains, désormais devenus des classiques eux aussi, par leur tranquille souveraineté – Un monde parfait ou Stand by me. Déjà un classique.

Inside Llewyn Davies : les Coen bouclent la boucle en se réinventant constamment. L'un de leurs tout meilleurs films. Outre l'image, la qualité des séquences musicales directement intégrées à l'intrigue, filmées live et interprétées avec finesse et émotion par l'acteur principal, Oscar Isaac – il faut citer la mécanique d'un scénario imparable et la souveraineté d'une mise en scène qui le temps d'une image inaugurale fixée sur un microphone à celle, finale, d'un bouleversant "Au revoir" nous fait traverser 10 jours durant l'existence d'un artiste ni maudit ni raté, juste à côté de lui-même et de son époque.

Le Loup de Wall Street :
Trop n’est jamais assez, pour Martin Scorsese, 71 ans. Trois heures monstrueuses de débauches de sexe, drogues, alcools et fric. Trois heures de démesure dans le montage, la narration, la voix off, la musique et la réalisation. Trois heures de démence qui envoient d’un coup aux oubliettes Gekko et Patrick Bateman. Trois heures portées par un DiCaprio King of the world, et qui ne volerait pas son Oscar.

Django Unchained : QT es un amoureux du ciné, un passionné des films de genre et quand il leur rend hommage, c'est avec un savant mélange de respect et d'irrévérence, plus une bonne dose d'inventivité. C'est le cas pour Django Unchained : on retrouve avec plaisir des situations, des plans, des références qu'on a vus ou qui nous parlent. Et là, bingo : c’est à ce jour le plus gros succès public et critique de son auteur !

A Touch of sin : c’est la claque de l’année. En changeant radicalement de style – tout en restant fidèle à la figure du plan séquence – Jia Zhang-Ke livre un tableau sans concession de la Chine contemporaine, d’une violence sociale et physique radicale. 4 histoires, 4 focus sur un pays et une société en pleine déliquescence. Faut avoir le cœur bien accroché... Mais le résultat est stupéfiant. Chine, année zéro ?

Lincoln : Un film lugubre, funèbre, qui tira sa majesté de la puissance de l’interprétation, de la souveraineté de la mise en scène, de l’intelligence de ses dialogues et de sa narration, et de la qualité du casting. Sur le même sujet, oubliez donc les laborieux Amistad ou La Couleur pourpre pourtant également signés Spielberg pour leur préférer ce magnifique portrait en 60 nuances de gris.
 
Snowpiercer : ou comment un cinéaste au regard aussi singulier que Bong Joon-ho s'approprie un sujet casse-gueule – une BD française de SF entièremement située dans un train lancé à toute allure dans le décor d’une Terre glacée - pour livrer un véritable blockbuster d’auteur humaniste, un projet fou lancé à toute allure et totalement maîtrisé.

Gravity / All is lost : le survival , le genre de l'année ? Deux expériences narratives expérimentales, deux expériences cinématographiques immersives, l'une à la pointe de la modernité, l'autre à la pointe du classicisme. Hollywood réinventé ?

Jimmy P :
Avec le temps, tout en creusant son sillon - la psychanalyse, la guerre des sexes, le langage - Arnaud Desplechin s'assagit. En témoigne la sérénité qui émane de son Jimmy P. Et gagne en souveraineté et limpidité ce qu'il perd en acidité et cruauté. Magistrale démonstration de mise en scène, sous influence fordienne (explicitement cité), avec une musique signée Howard Shore - pas un hasard, Desplechin signe un classique, totalement habité par ses deux interprètes masculins, auxquels il faut ajouter la formidable Gina McKee.

Blue Jasmine :
Du Woody Allen’s never ending tour, on commençait à se lasser, il faut bien le reconnaître, notamment après sa catastrophique escapade romaine. En se recentrant sur ses fondamentaux des années 70 – retour aux Etats-Unis, portrait de groupe avec dame – le cinéaste de 78 ans fait coup double avec Blue Jasmine : non seulement il réalise un de ses films les plus aboutis, mais en effectuant de subtiles variations dans son univers, il renouvelle complètement sa grammaire et sa méthode.

Cartel : La noirceur de Cormac McCarthy dans l'écrin que lui donne Ridley Scott, ça donne un film qui pue la charogne sous son glacis élégant et luxueux. Qui commence comme du Tarantino pour s'achever comme du Peckinpah. En plus noir - c'est dire. L'un des meilleurs Ridley Scott. Nihiliste, désespéré, et morbide

Eh oui, manquent The Immigrant, Zero Dark Thirty, Alabama Monroe, Le Congrès, La Vénus à la fourrure, Rush, Elle s’en va, Liberace, Jeune et Jolie, qui auraient pu largement figurer dans ce Top ! La loi du genre… Maintenant place à 2014, Resnais, Nolan, Fincher, et surtout tous ces films qu’on n’attend pas et qui viendront nous surprendre… Bonne année à toutes et tous.

Travis Bickle
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