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jeudi 5 décembre 2013

Hunger Games L’Embrasement : un nouveau souffle


En salles : Pour l’adaptation du deuxième volet de Hunger Games, la série de best-sellers signée Suzanne Collins, Lionsgate change de réalisateur, et accueille Francis Lawrence. Plus sombre, ce nouvel opus est également plus violent. Après la découverte du thème principal dans le premier, on pourrait craindre que Hunger Games L’Embrasement ne pas change de formule. Bien au contraire, un nouveau souffle plane sur le film et ouvre un univers qui prépare déjà le terrain de jeu du troisième...


Une Amérique du Nord futuriste minée par un pouvoir totalitaire qui affame les populations. Panem, c’est le "Capitole" et douze districts, séparés par des barbelés et des no man’s land. Chaque année, les Hunger Games entraînent vingt-quatre adolescents, un garçon et une fille pour chaque district, à une lutte à mort. Un seul doit survivre. L’an passé, Katniss Everdeen était sortie vainqueur des cruels jeux de téléréalité et en avait même changé les règles. Grâce à leur histoire d’amour construite de toute pièce, Katniss et l’élu de son district, Peeta, partagent la victoire. Après ce premier affront au pouvoir en place, un vent de révolution souffre dans ce monde où la réalité n’est qu’une construction médiatique. Meneuse involontaire de ce courant, Katniss est devenue un symbole d’espoir... à éliminer à tout prix.

Un blockbuster, oui, mais réussi

Hunger Games, c’est une grosse production, des acteurs bankables et des effets à couper le souffle. Mais attention à ne pas vous laissez prendre par ce discours aussi simpliste que les personnages du film : Hunger Games, c’est certes un blockbuster, mais un blockbuster réussi. En termes d’image, le gros plan est bien trop prisé par Francis Lawrence, mais les travellings aériens sont impressionnants. On ne peut s’empêcher d’apprécier la symétrie de la composition du cadre, qui rappelle l’architecture stalinienne du Capitole où défilent les concurrents, en gladiateurs modernes. Chars, costumes, noms de personnages (Plutarch, Brutus), Francis Lawrence insiste largement sur la source d’inspiration de Suzanne Collins : l’époque gréco-romaine et le mythe de Thésée.

Sous beaucoup d’aspects, Hunger Games n’apparaît pas comme un grand film : un rythme très inégal qui alterne entre l’extrême rapidité et une certaine impression de lenteur dans l’avancée de la narration ; des personnages à la psyché simplissimes, une VF à hurler de rire, des répliques que l’on ne trouve que dans les films américains ("On est une équipe, non ?", répété trois fois)... et j’en passe.

Mais le film va plus loin. Par son casting, d'abord. Il est en effet largement tenu par le jeu de son actrice principale, Jennifer Lawrence. En plus de remplir son contrat long de plusieurs zéros, stipulant de ne pas se faire trancher à coup de hache par ses adversaires pré-pubères, elle dégage une vraie puissance à l’écran. Enfin un casting digne de ce nom pour le rôle principal, et non plus une vague ressemblance entre l’acteur choisi et le personnage du livre (Daniel Radcliffe, Elijah Wood...). 

On compte également Philip Seymour Hoffman (Capote, Mission Impossible, Les marches du Pouvoir) qui apporte de la complexité à son personnage avec son sarcasme sous-jacent. Surprise de la distribution, Johanna Mason revient après Orgueil et Préjugés et Into the Wild, avec un jeu très ambivalent qui garde perpétuellement le spectateur en suspens. Quant à Josh Hutcherson, il se fond à merveille avec la simplicité du personnage, ne lui en demandons pas plus.

Régime totalitaire, pouvoir des médias, torture psychologique … le dîner est servi !

Le premier volet repose principalement sur la présentation et le déroulement des Hunger Games : le dégoût du spectateur, la dimension inimaginable d’une telle cruauté servent de fondement au film. Après cette découverte du jeu, on pourrait craindre que L’Embrasement ne pas change pas de formule, et fasse office de redite, mais il n’en est rien. Dans ce nouvel opus, les thématiques déjà abordées dans le premier, ont une importance accrue : régime totalitaire, pouvoir des médias, ambivalence de l’image... Hunger Games, c’est un jeu d’apparences et de ruse, qui soulève en les poussant à l’extrême des thématiques de notre société. Une transposition de sujets brûlants dans un monde futuriste que l’on espère inimaginable. Et pourtant, la cruauté fascine.

Dans un monde... futuriste ?

Un camp de vacances Hunger Games a ouvert ses portes l’été dernier en Floride : il s’agit de compétitions sportives, qui reprennent le décorum du film. Les enfants auraient apparemment proféré de nombreuses injures et menaces de mort les uns contre les autres... La chaîne américaine CW, qui produit entre autres Vampires Diaries et Gossip Girl, a annoncé ce mois-ci qu'une nouvelle émission de téléréalité allait voir le jour courant 2013 : The Hunt. Directement inspiré du film, le principe est d’envoyer 12 équipes de deux personnes en pleine nature hostile, sans eau, nourriture ou abri, afin de "tester leur endurance, leur capacité de survie et leur talent de chasseur". Pas de combat à mort mais des captures, le but étant d'être le dernier participant non attrapé. Le gagnant remportera une grosse somme. Le jeu devrait s'étaler sur un mois. 

Un jeu vidéo a également été adapté en 2012. Tous ces projets font l’objet de nombreuses critiques : alors que Hunger Games dénonce la société du spectacle et de l’hypermédiatisation, certains se prennent au jeu... Encore plus inquiétant que les travers de la société dénoncés par le film, ces projets montrent un grave manque de distance critique et prouvent une fois de plus le pouvoir fascinateur de l’image, et de la violence.

Dans la veine de Battle Royale (Fukasaku, 2000) et de Sa majesté les Mouches (Golding, 1954 puis adapté à l’écran en 1963 et 1999), L’Embrasement interroge l’homme sur sa nature, et sa bestialité. Sommes-nous cruels par nature ? La société contient-elle notre violence ou au contraire la canalise-t-elle pour mieux exploser ? Ce thème déjà exploité précédemment est ici modernisé par l’approche politique et la réflexion médiatique. Mythe de Thésée, téléréalité, dictatures fascistes et communication, Hunger Games L’Embrasement est un joli cocktail de culture, société et dystopie. Un blockbuster explosif qui mérite mieux que sa réputation. Alors petit intellectuel branché, enlève tes Ray Ban de vue, et achète un billet !

Anouk
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