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mardi 31 décembre 2013

La Reine des Neiges et Le Hobbit : des figurants de couleur dans la fantasy


En salles : J'ai profité des vacances de Noël pour aller voir La Reine des Neiges (Frozen) et Le Hobbit : La Désolation de Smaug. Deux très bons films que je recommande chaudement et je suis loin d'être le seul. Deux films qui ont également décidé d'intégrer des personnages issus de minorités visibles à leur univers de fantasy.

Couple mixte à la cour d'Elsa

Dans La Reine des Neiges, qui se déroule dans un royaume nordique imaginaire, parmi les invités au couronnement de la reine Elsa, apparaît plusieurs fois un couple mixte : l'homme est blanc, la femme est noire. Le cauchemar des communautaristes étroits d'esprit ! Il ne s'agit pas de personnages principaux mais, si j'ose dire, de "figurants". La réalisation ne s'attarde pas sur eux, on les aperçoit lors de plans généraux, notamment dans la salle de bal. Au même titre que d'autres personnages. Une banalisation voulue par Disney dont le message est en substance : "Oui, vous regardez l'adaptation d'un conte d'Andersen ; oui, l'histoire se déroule dans un pays nordique imaginaire du XIXe siècle et alors ? Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir de couple mixte ?"


Les grincheux crieront au scandale, les cyniques balanceront l'argument massue du "politiquement correct" et les jamais contents souligneront qu'il ne s'agit que de personnages secondaires. Qu'importe ! La firme d'Oncle Walt - longtemps accusée de ne pas suffisamment refléter la diversité de nos sociétés dans ses productions - a déjà intégré une princesse noire à son univers, avec le très beau La Princesse et la Grenouille (The Princess and the Frog). D'une manière générale, les oeuvres classiques - et le conte d'Andersen en est une - ne sont pas condamnées à être interprétées par des acteurs blancs.


Rappelez-vous de l'adaptation de Beaucoup de bruit pour rien (Much ado about nothing, 1993) par Kenneth Branagh : le roi Don Pedro d'Aragon est interprété par Denzel Washington. La pièce de Shakespeare en est-elle dénaturée ? Non, au contraire : Denzel Washington apporte tout son talent à un casting déjà prestigieux. D'ailleurs, plusieurs adaptations cinématographiques d'oeuvres de Shakespeare ont illustré cette ouverture d'esprit (lire un article intéressant dans Transmedial Shakespeare). M'est avis que l'adaptation des Fourberies de Scapin avec Omar Sy dans le rôle de Scapin déchaînerait l'enfer en France...

La couleur du Hobbit

Dans Le Hobbit La Désolation de Smaug, lors d'une scène à Lac-Ville (aka Esgaroth), la caméra de Peter Jackson filme à deux ou trois reprises des figurants de couleur. Là encore, les plans sont banals et les figurants en question sont mêlés à la foule (lorsque les nains sont amenés devant le bourgmestre). Une figuration pas si anodine que cela puisqu'il s'agit des premiers figurants de couleur non maquillés dans l'histoire des adaptations de Tolkien signées Jackson.


Petit rappel : en 2010, une femme d'origine pakistanaise avait révélée avoir été exclue du casting des figurants hobbits dans le premier Hobbit du fait de sa couleur de peau (lire l'article de Stuff). La directrice du casting avait alors été virée tandis que la prod assurait qu'aucun filtrage racial n'avait été mis en place. Y aura-t-il des hobbits de couleur dans le troisième opus ? Le débat fait rage et divise les fans, en témoignent ce forum sur Rotten Tomatoes et cet article intitulé Fear of a Black Hobbit. Petite parenthèse : il me semble avoir lu que lorsque les frères Weinstein avaient développé un premier projet d'adaptation du Seigneur des anneaux, ils avaient songé à situer l'action à l'époque moderne avec des acteurs noirs pour interpréter les hordes de Sauron (si quelqu'un peut m'aider à retrouver la source...).

Là encore, certains fans de Tolkien affirment que les humains, les elfes ou les hobbits sont forcément tous blancs. Là encore, cette vision est réductrice. La fantasy n'a pas de couleur de peau. J'en veux pour preuve Conan le barbare (1982) dans lequel les civilisations, et par conséquent, les personnages sont loin d'être uniformes du point de vue de l'épiderme.



Saluons donc les initiatives de Disney et de Peter Jackson, qui contribuent modestement (peut-être trop modestement, regretteront certains mais c'est déjà mieux que rien) à faire évoluer les mentalités sans tambour ni trompette.

Anderton

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