mardi 11 octobre 2016

Elle : Huppert monstrueuse pour Verhoeven

En DVD et Blu-ray : Après avoir emballé les spectateurs au Festival de Cannes 2016, Elle saura-t-il séduire les membres de l'Académie des Oscars ? Le petit bijou de perversion signé Paul Verhoeven, avec une Isabelle Huppert au sommet de son art, sort en vidéo. L'occasion de se réjouir encore et hardcore.



Après deux films bataves, le réalisateur de Showgirls (qui sort également dans une nouvelle édition vidéo) a choisi de s'installer au pays de DSK et de Christine Boutin. Une Gaule glauque où les maisons cossues abritent des psychopathes - victimes ou bourreaux, allez savoir ! Et ça commence fort : par un viol, qu'on entend pendant le générique sur fond noir mais qu'on aura l'occasion de revoir à plusieurs reprises plus tard. A terre, sur le parquet, une femme. Elle se relève péniblement. Se rhabille. Ramasse les bris de vase au sol. Va prendre un bain moussant. Elle saigne. Puis elle commande des sushis. Reçoit son fils. L'horreur semble avoir glissé sur elle. Elle, c'est Michèle et Michèle reprend le cours de sa vie. Comme si rien ne s'était passé, alors que son agresseur continue de la harceler.

La victime en monstre froid ! Terrible ! Choquant ! Dérangeant ! On imagine Verhoeven jubiler derrière sa caméra en adaptant ce livre de Philippe Djian. Le cinéaste signe un thriller hitchcockien (avec une musique d'Anne Dudley digne de Bernard Hermann) : comme son maître, il malmène son héroïne, une grande bourgeoise qui subit les pires outrages. Mais contrairement à Marnie, Michèle ne flanche pas, ne perd jamais pied.

Elle, c'est Isabelle

Impossible d'imaginer une autre actrice qu'Isabelle Huppert pour interpréter cette femme étrange. L'étrangère... Il y a comme une filiation avec le Meursault d'Albert Camus, tiens. Ce détachement, cette forme d'inhumanité finalement... Huppert l'incarne de manière hypnotisante. Avec son expression vaguement ennuyée et son phrasé si particulier. Décalé. Etrange. L'actrice nous prouve à nouveau son audace, faisant fi de toute pudeur. Si elle porte le film sur ses épaules, elle ne le vampirise pas pour autant. Ses partenaires parviennent à faire exister leurs personnages, tout aussi foutraques, manipulateurs ou pervers : Laurent Lafitte en samaritain un brin inquiétant, Virginie Efira en bigote bienveillante, Charles Berling en ex-mari à la ramasse, Anne Consigny en amie dépassée, Judith Magre en mère indigne, Vimala Pons en fausse naïve... et tous les autres. La barrière de la langue n'a visiblement pas empêché Verhoeven de faire travailler ses acteurs de concert. 

Et le cinéaste, comme à son habitude, en profite pour brosser le tableau d'une société malade et hypocrite. Du très grand art. Cette magnifique édition de TF1 Vidéo fait honneur à la photo de Stéphane Fontaine. Un gros regret toutefois : l'absence de bonus. On aurait aimé voir Verhoeven à l'oeuvre, l'entendre parler de son film, de sa méthode, voire retrouver les interventions de l'équipe à Cannes.

Anderton
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