lundi 10 octobre 2016

Festival Lumière 2016 : Deneuve l’Américaine (1/6)

Artistes : "Je n’aime pas trop les récompenses. Cela fait plaisir sur le moment, mais ça ne sert strictement à rien ensuite. Cela n’a jamais rendu personne meilleur acteur", a-t-elle déclaré dans Elle en mai 2015. Elle ? Catherine Deneuve, 14 nominations aux Césars, récompensée deux fois, et qui s’apprête à recevoir le 8e Prix Lumière le 14 octobre 2016. C’est dire sa liberté de parole et d’action, pour une actrice qui a déjà plus de 50 ans de carrière. 


Pour la célébrer à notre manière, pas question ici de son ancrage dans le cinéma français, ni de la longévité de sa carrière, ni des grands rôles qui l’ont immortalisée (chez Polanski, .Demy, Téchiné, Buñuel, Truffaut, Ruiz, de Oliveira, Carax, Rappeneau, Cavalier, Deville, von Trier...). Plutôt que passer en revue toute sa carrière, retour sur quelques rôles et films hors des sentiers battus. Qui ont en commun d’expliquer en partie la longévité de sa carrière, l’attraction qu’elle exerce sur les jeunes réalisateurs. Et le fait qu’à 72 ans, elle soit toujours dans la course, sans aucune concurrence. Libre, libérée, audacieuse. Parcours au travers de sa filmographie, par les chemins de traverse, en six mots-clés - Etats-Unis, Italie, avant-garde, films de genre, liberté, comédie – qui, loin des clichés faisant d’elle une actrice froide et distante, dressent au contraire le portrait d’une aventurière du cinéma. Aujourd'hui, focus sur Deneuve l’Américaine.


Eh oui, notre reine Catherine a tenté l’aventure outre-Atlantique. Avec des succès divers... Pas de Coppola ni de Scorsese ou de Eastwood à l’affiche (bien qu’elle fût à deux doigts de jouer dans Sur la route de Madison), mais quelques bons films, solides, avec quelques nanars néanmoins. 

Mayerling (1968), de Terence Young. Drame historique, dans la lignée de Sissi. Aux côtés d’Omar Sharif dans le rôle de Rodolphe, le fils de l’archiduc François-Joseph et d’Elisabeth (donc Sissi...), elle incarne une héroïne tragique, Maria Vetsera, dont la liaison interdite, bien sûr, avec le prince précipitera le monde dans la première Guerre mondiale. Pas inoubliable, mais de fabuleux seconds rôles – James Mason, Ava Gardner – pour une reconstitution historique soignée, mais sans âme.


Folies d’avril (1969), de Stuart Rosenberg. Dans ce récit d’une idylle qui aurait pu donner lieu à une satire à la Billy Wilder de l’American way of life, Catherine Deneuve a pour partenaire principal Jack Lemmon. Tentative inaboutie qui lui permet de côtoyer également deux héros de la comédie classique américaine, Charles Boyer et Myrna Loy. 


La Cité des dangers (1974), de Robert Aldrich. Ou quand le réalisateur des Douze salopards se laisse aller à la nostalgie et à la peinture d’une idylle vouée à l’échec entre un flic dur à cuire, Burt Reynolds, et une call girl de luxe égarée dans Los Angeles, Catherine Deneuve. Peut-être la tentative la plus intéressante de l’actrice outre-Atlantique, pour ce polar qui fait suite aux tentatives de réhabiliter le genre du film noir – Le Privé, de Robert Altman, et La Fugue, d’Arthur Penn.


Il était une fois la légion (1977), de Dick Richards. Malgré une impressionnante distribution – Catherine Deneuve, donc, mais aussi Gene Hackman, Terence Hill, Ian Holm, Max von Sydow – , malgré la musique de Maurice Jarre et la lumière signée John Alcott, cette tentative de renouer avec les grands films d’aventures coloniales s’avère un demi-échec. S’estimant trahie par le réalisateur, Catherine Deneuve rejette le film, dans lequel elle incarne une aventurière à la Marlène Dietrich, du nom de Simone Picard...


Les Prédateurs (1982), de Tony Scott. Faut-il encore le présenter ? Bowie et Deneuve en icônes eighties immortelles, post Helmut Newton. Chic, choc, et un peu toc, reconnaissons-le.


D’Artagnan (2001), de Peter Hyams. Qui se souvient encore de cet improbable navet ? En dépoussiérant le classique d’Alexandre Dumas, Peter Hyams défigure complètement le matériau d’origine. En figurante de luxe, Catherine Deneuve perpétue son image et sa stature de représentatnte de l’image France dans cette production US – mais à quel prix... 


Rendez-vous mardi pour la suite de notre dossier consacré à Catherine Deneuve.

Travis Bickle


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