lundi 10 octobre 2016

Pierre Tchernia : mes souvenirs de candidat à Monsieur Cinéma

Artistes : Oui, comme beaucoup d’entre vous, notamment au sein de l’équipe de Cineblogywood, une grande partie de ma cinéphilie s’est forgée grâce aux revues, et grâce à... la télévision ! La séquence du spectateur, Le Cinéma de minuit, le Ciné-club, La Dernière séance, Catherine Langeais, Patrick Brion, Claude-Jean Philippe, Eddy Mitchell : autant de passeurs qui ont fait les beaux jours de la TV et de ma cinéphilie. Auxquels il convient, of course, de rajouter celui de Pierre Tchernia, qui vient de disparaître à l’âge de 88 ans.


Pierre Tchernia... Bien sûr, je pense d’abord et avant tout à Monsieur Cinéma, animé avec son complice Jacques Rouland, Et préparé par Jean-Claude Romer, une encyclopédie vivante du cinéma ! J’y repense avec d’autant plus d’émotion que je l’ai côtoyé à deux reprises, à une semaine d'intervalle, en tant participant à Monsieur Cinéma – junior, hein, à l’âge de 12 ans.


Oubliez Question pour un champion...Car derrière son côté quizz pour chien savant, il s’agissait de reconnaître visuellement des photogrammes de films. Exemple : parmi ces 4 films avec Gérard Philipe, lequel n’est pas une adaptation d’Emile Zola ? Parmi ces 4 films, lequel ne contient pas le mot dame dans le titre ? Parmi ces 4 films avec Jean-Pierre Mocky, lequel n’est pas réalisé par Jean-Pierre Mocky ? Le tout en 10 secondes ! A une époque où il n’y avait que 3 chaînes de TV, le magnétoscope n’existait pas encore. Sans parler d’Internet, de Cineblogywood ou de YouTube ! Autant l’avouer : je serais bien incapable aujourd’hui de répondre correctement aux questions qui m’étaient posées il y a un peu moins de... 40 ans !


Donc, durant deux semaines, en décembre 1979, alors âgé de 12 ans, alors que sortaient sur les écrans Shining, L’évadé d’Alcatraz ou Buffet froid, j’affrontais un candidat de 17 ans, puis la semaine suivante une candidate de 16 ans... Que reste-t-il de ces deux semaines ? Jouons-la à la Georges Perec :

Je me souviens de Pierre Tchernia me félicitant à l’antenne, dans l’émission, après mon premier passage à monsieur Cinéma
Je me souviens de sa sympathie et de sa gentillesse à mon égard, avant le tournage
Je me souviens que les sélections avaient eu lieu 5 et 7 rue de Montessuy, non loin de la rue Cognacq-Jay
Je me souviens que l’enregistrement de Monsieur Cinéma avait lieu le jeudi soir
Je me souviens que l(émission était diffusée le samedi sur Antenne 2 à 14h
Je me souviens du sourire généreux et de la franche poignée de main de Bernard Blier alors en promotion de Buffet froid
Je me souviens du sourire goguenard de Jean Carmet, alors en promotion de Gros Calin, de Jean-Pierre Rawson, adapté d’Emile Ajar, pas encore Romain Gary
Je me souviens avoir eu très chaud sous les projecteurs, avec mon pull en laine
Je me souviens avoir battu un candidat de 17 ans, et avoir été battu par une candidate de 16 ans, Sylvie
Je me souviens que Jacques Rouland, le fidèle complice de Pierre Tchernia, et co-présentateur de Monsieur Cinéma, nous avait quasiment mariés« Sylvain, Sylvie, on pourrait faire un couple »
Je me souviens de ces chéquiers contenant 50 places de cinéma et que j’utilisais toutes les semaines
Je me souviens des Fiches de Monsieur Cinéma, dont j’allais pouvoir prolonger l’abonnement d’une année supplémentaire
Je me souviens du gérant du cinéma que je fréquentais alors tous les samedis en banlieue parisienne, râlant de devoir m’offrir une place gratuite à chacune de mes venues
Je me souviens des Gaspards, cette fantaisie libertaire et poétique, anar et mélancolique
Je me souviens des crises de rire en famille devant Le Viager
Je me souviens de Michel Serrault traversant les murailles ou bien affublé d’une auréole sur la tête
Je me souviens des fins d’après-midis de jour de Noël, guettant impatiemment SVP Disney, juste après la bûche
Je me souviens avoir rencontré le fils de Pierre Tchernia dans un cadre professionnel, et par timidité, ne pas lui avoir révélé que j’avais côtoyé son père
Je me souviens ne jamais avoir envoyé la lettre que je lui avais écrite pour qu’il me reçoive et me prodigue un conseil, ou deux, pour me lancer dans le cinéma

Pour tous ces souvenirs, personnels, collectifs, artistiques, merci Monsieur Cinéma.
Travis Bickle
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