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lundi 30 octobre 2017

Daddy Cool : une comédie à plusieurs couches

En salles : Découvert lors du Showeb de rentrée 2017, Daddy Cool m'a surpris... et emballé. Car cette comédie française, signée Maxime Govare avec Vincent Elbaz et Laurence Arné, s'apprécie à plusieurs niveaux. Ou à plusieurs couches pour coller à l'histoire.



Couche 1 : un scénario ciselé

Adrien et Maude s'aiment. Leur histoire défile au rythme de photos. Instants complices. Joie, rire, baisers. Mais le diaporama s'assombrit. Comme les visages du couple. La passion est passée. Un soir qu'Adrien revient bourré et pisse sur le lit, c'en est trop. Maude annonce qu'elle veut divorcer. Mais Adrien s'accroche et refuse de quitter l'appart. Tandis que Maude continue sa carrière d'illustratrice, Adrien décide d'ouvrir une crèche à la maison.

Maxime Govare et Noémie Saglio, qui ont cosigné le scénario, abordent une histoire très actuelle en évitant de tomber dans les clichés. L'amour, les relations de couple, la parentalité sont évoqués avec sincérité et une grosse dose d'humour. L'émotion affleure quand ce couple se déchire ou tente de recoller les morceaux. Juste assez pour rendre les personnages attachants. Mais l'humour l'emporte. Humour de situations avec de belles trouvailles (prenez un adulescent et collez-lui quelques mômes dans les pattes, imaginez la pagaille) mais aussi dialogues qui claquent. Résultat : on se marre franchement. Même quand on sent venir le dénouement, Govare et Saglio nous le servent avec originalité et ton décalé.
 


Couche 2 : des acteurs inspirés

Comme dans Il a déjà tes yeux, Vincent Elbaz incarne un adulte qui n'en est pas vraiment un. Un irresponsable, jemenfoutiste, un brin branleur. Mais moins caricatural que dans le film de Lucien Jean-Baptiste. Son personnage est plus fin. C'est un grand tendre qui finalement cache son insécurité. Elbaz est parfait dans le rôle, grands yeux ouverts, phrasé un peu mou. On l'adore tout de suite. Et il est hilarant quand il interagit avec lesenfants.



Face à lui, Laurence Arné n'a pas le rôle facile : elle incarne la femme qui a la tête sur les épaules. Elle pourrait être chiante à force de râler. Mais non, elle la joue, intense mais pas excessive. Et quand son personnage essaie de se faire passer pour une déglingos, elle vise juste.

Dans le rôle de Renaud, le nouveau copain de Maude, Grégory Fitoussi évite de tomber dans le piège du mec relou qu'on déteste. Il est touchant à force d'être chiant. Touchiant, quoi. D'autant qu'il est gentil, le Renaud. Et Fitoussi prouve tout son talent quand il nous fait rire rien qu'en mangeant une soupe. Autres rôles secondaires réussis : Jean-François Cayrey, le bon copain avocat qui se pose des questions sur son mariage ; Bernard Le Coq, en tonton avocat rassurant ; Axelle Laffont, en éditrice antipathique (elle avait fait marrer l'assistance du Showeb lorsqu'elle balance : "Je hais ces connasses de blogueuses") ; Laurent Mouton, en père insensible et pressé ; Vanessa Demouy, en mère célibataire et sensible... aux charmes du nounou. Même Michel Leeb (oui, quand j'ai vu son nom au générique, j'ai levé les yeux au ciel) est bon !

Couche 3 : un réalisateur au taquet

Pour son deuxième film, après Toute première fois, Maxime Govare prouve qu'il est possible de faire de la comédie française avec finesse, sensibilité et vannes qui font mouche. Comme quoi, on peut être le sosie de Jason Momoa et être délicat.


 
Govare sait écrire, sait diriger ses acteurs. Il sait aussi filmer. Sans esbrouffe, il signe une mise en scène élégante, au service de l'histoire et des personnages. La première fois que j'ai vu la bande-annonce du film, j'ai été immédiatement séduit par le plan où Elbaz fend la nuit sur sa trottinette, clope au bec. C'est tout bête mais derrière ce travelling a priori tout simple, il y a un soin apporté au cadre, à la lumière, une fluidité, du mouvement. Du style, quoi.

Vous l'avez compris, Daddy Cool est une comédie vraiment cool.

Anderton


crédit photo : Jean Claude Lother - Universal Pictures International France

 

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