dimanche 6 novembre 2016

Mr Majestyk : pour qui Bronson le glas

En DVD et Blu-ray : Visage impassible, minéral, lacéré de deux fentes d'où jaillit un regard aussi coupant qu'un scalpel. Moustache parfois en sus. Charles Bronson a mis sa gueule burinée au service de nombreux rôles de justicier. Celui qu'il incarne dans Mr Majestyk, sorti par Wild Side dans un magnifique coffret collector, se distingue toutefois de celui de la saga Death Wish.




Le sieur Majestyk en question, Vince de son prénom, n'a rien de majestueux, à part peut-être le port, qui évoque celui du lion, faussement calme mais toujours prêt à bondir si on vient lui chatouiller les moustaches. Idem pour Vince, qui n'aspire qu'à une vie tranquille toute tournée vers la culture des pastèques. Et au moment de la récolte, alors que Majestyk a fait appel à des journaliers latinos pour cueillir ses cucurbitacées mastoques, voici qu'un baltringue vient rouler des mécaniques avec deux acolytes pour l'obliger à employer d'autres cueilleurs. Forcément, le fauve sort ses griffes, d'autant qu'un pompiste l'avait chauffé auparavant en interdisant à une famille latino d'utiliser les toilettes de la station service. Mais la petite frappe rossée bosse pour un malfrat influent. Majestyk se retrouve au trou, avec - pur hasard - un tueur à gages de la mafia qui vient d'être arrêté. Mais de tout ça, il s'en fout : si les pastèques ne sont pas ramassées rapidement, sa récolte sera foutue. Et ce n'est pas la police, ni la pègre qui va se mettre en travers de son chemin.


Contre l'injustice

Encore Bronson en justicier, allez-vous peut-être souffler en roulant les yeux aux ciel et en secouant la tête (bon, n'en faites pas trop quand même) ? Pas tout à fait. Dans Un Justicier dans la Ville (Death Wish, 1974), Bronson incarnait un bon père de famille, ancien objecteur de conscience pendant la guerre de Corée, qui devenait justicier pour venger l'agression de sa femme et de sa fille. Dans Mr Majestyk, sorti un an plus tard, il interprète un ancien soldat qui a participé à la guerre du Vietnam devenu pacifique mais qui refait parler les poings, les pieds et les armes pour punir ceux qui s'en sont pris à ses pastèques. L'histoire poisseuse et bourrine du premier film n'a rien à voir avec le récit plus élaboré et plus subversif du second. Il faut dire que le scénario de Mr Majestyk est signé Elmore Leonard, un cador de la littérature policière, d'après son propre roman. Le film rend compte d'une Amérique des petites gens qui se démènent pour survivre : on pense à Fat City (1972) de John Huston, qui avait d'ailleurs fait l'objet d'une belle édition collector proposée déjà par Wild Side. Et le "justicier" qu'incarne Bronson n'a rien d'un facho, au contraire ; révolté par l'injustice, il se fait le défenseur de migrants, les familles mexicaines qui parcourent les exploitations agricoles de l'Ouest américain pour gagner leur vie. Un message qui a forcément une résonance particulière en 2016...

Bronson, bon, brute et pas truand

L'interprétation de Charles Bronson n'a d'ailleurs rien de monolithique. Certes, il dégage une assurance à toute épreuve et on sent bien qu'il a les balls aussi imposantes que ses pastèques. Et il en faut pour s'opposer à la fois aux flics et à la mafia. Mais l'acteur transmet une humanité à son personnage, qui le rend attachant et presque émouvant. Humanité qui n'était pas forcément le fort de Bronson, comme l'explique le livret bourré d'anecdotes qui accompagne les deux disques. Reste que Majestyk peut s'avérer brutal. Impitoyable même. Avec les fumiers seulement, jamais avec les losers ou les cons. Nuance encore par rapport au Justicier dans la ville, qui dézingue le voyou sans se poser de questions.

Humanité et brutalité donc dans cette série B assumée que réalise Richard Fleischer, autre cador dans son genre. Le cinéaste a quand même réalisé des grandes productions hollywoodiennes dans des genres très différents : 20.000 Lieues sous les mers (1954), Les Vikings (1958), Le Voyage fantastique (1966), Tora ! Tora ! Tora ! (1970) ou Soleil Vert (1973). Un touche à tout qui se met au service de l'oeuvre. D'où une réalisation efficace (ce n'est surtout pas un gros mot), qui sait aussi bien mettre en valeur les personnages que produire des séquences spectaculaires. En complément du film, deux entretiens passionnants avec des membres de l'équipe, le directeur de la photo Richard H. Kline et l'actrice Lee Purcell. Bravo à Wild Side de proposer un bel écrin à ce bon film de genre.

Anderton






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