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mardi 22 mai 2018

La Vie privée de Sherlock Holmes : smarter, funnier, Wilder

En DVD et Blu-ray : Il faut parfois que le temps fasse son oeuvre pour certains films soient appréciés à leur juste valeur. La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes, 1970) est de ceux-là. Par chance, il est désormais possible de (re)découvrir ce grand film de Billy Wilder grâce à une excellente édition vidéo.



L'Atelier d'images propose en DVD et Blu-ray le film - et c'est une première - dans une version restaurée haute définition tout simplement somptueuse. Les couleurs sont éclatantes, mettant en valeur la photo de Christopher Challis ainsi que les magnifiques décors d'Alexandre Trauner. Voici donc le spectateur placé dans les meilleures conditions pour apprécier cette oeuvre atypique à plus d'un titre.


Détective fêlé

Atypique car il ne s'agit pas d'une énième adaptation d'une aventure du célèbre détective mais d'une histoire originale signée Billy Wilder et son scénariste I.A.L Diamond. Tout en respectant l'univers créé par Arthur Conan Doyle, le duo propose une vision originale des personnages. Et creuse dans l'intimité du plus célèbre d'entre eux : l'addiction de Sherlock Holmes à la cocaïne est franchement abordée, de même que son rapport complexe aux femmes - les scénaristes font plus que suggérer la relation quasi-homosexuelle qui l'unit à Watson. Enfin, le récit montre que ce qui guide Holmes finalement, ce n'est pas tant sa volonté de résoudre une énigme que son besoin de prouver qu'il est doté de facultés intellectuelles supérieures. Un ego surdimensionné qui mène parfois à l'aveuglement...

Pour autant, Wilder et Diamond ne cherchent pas à écorner le mythe mais à le rendre plus humain, bien aidés en cela par l'interprétation de Robert Stephens. Lequel fait transparaître derrière la morgue toute victorienne de Holmes des fêlures, des doutes, des souffrances. Dans le rôle du Dr Watson, Colin Blakely apporte une fantaisie bienvenue, un bouillonnement pas toujours contenu, qui donnent lieu à quelques scènes de comédie détonnantes.

Atypique, le film l'est aussi car il confronte Sherlock Holmes à une autre légende... dont je ne parlerai pas pour ne pas gâcher l'effet de surprise.

Atypique encore dans le choix de confier le rôle de Mycroft Holmes (le frère de) à Christopher Lee, méconnaissable aussi bien physiquement que dans son jeu. Et puisqu'on évoque les acteurs du film, notons la présence de Geneviève Page, dont la sensualité crève l'écran, et de Clive Revill (la voix de l'empereur dans L'Empire contre-attaque !), qui incarne avec truculence le directeur des ballets russes.

Film maudit

On se laisse emporter par ce récit rythmé, qui permet à la fois de voir sous un autre jour Holmes et Watson tout en suivant l'avancée d'une enquête qui réserve son lot de mystères et de rebondissements. Au point que l'on se demande pourquoi La Vie privée de Sherlock Holmes fut un bide au box-office. La réponse nous est apportée par Jérôme Wybon dans un entretien passionnant : il revient sur la genèse du projet, le tournage compliqué, le budget qui explose... Conçu comme une succession de courtes histoires permettant d'appréhender davantage l'intimité du détective, le film est sévèrement raccourci au grand dam de Wilder. Cette édition vidéo tente d'ailleurs de revenir sur ces séquences perdues, dont il reste parfois quelques images, un morceau de bande sonore ou uniquement les versions du script original.

Ces coupes ne se ressentent pourtant pas : le film tient bien en l'état. Mais lorsqu'il sort en 1970, il incarne un cinéma de studio auquel le public préfère les films du Nouvel Hollywood. Près de cinquante ans plus tard, la mise en scène virtuose de Billy Wilder, ses dialogues brillants, n'ont pas pris une ride. Un documentaire allemand, réalisé pendant le tournage, permet d'ailleurs de voir le cinéaste au travail et d'exprimer dans un allemand ponctué d'anglicismes sa vision du cinéma. 

Ce ne sont pas moins de trois heures de bonus que propose cette édition vidéo, avec des scènes coupées, une interview du monteur, un entretien avec Christopher Lee (qui fait montre de toute sa culture et de sa connaissance de Holmes) et même la présentation du film par Eddy Mitchell lors de La Dernière séance, émission mythique diffusée sur FR3 (ah, la soirée avec deux films -dont le second en VOST-, avec en prime quelques dessins animés de Tex Avery...).

Vous l'avez compris, ce Blu-ray mérite de figurer dans votre vidéothèque.

Anderton

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