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vendredi 21 novembre 2014

Mike Nichols : hommage en 10 films - VIDEOS


Artistes : Décédé ce 20 novembre à l'âge de 83 ans, le cinéaste américain Mike Nichols incarne la distance qui peut parfois séparer la critique américaine de la française : encensé aux Etats-Unis, il est très moyennement apprécié en France. La raison ? Outre un éclectisme assumé dans sa filmographie, l'absence de thématiques réelles ou d'un style à nul autre reconnaissable. Bref, impossible de le classer. Pourtant, Le Lauréat, Catch 22, ou plus récemment Closer ne manquent pas de qualités.
 
Né à Berlin en 1931, réfugié aux Etats-Unis après l'avènement du nazisme, Mike Nichols débute sa carrière dans les années 50 an tant qu'acteur. Il forme avec Elaine May – la future réalisatrice d'Ishtar et de Mickey & Nicky – un couple comique très populaire. A leur séparation, il fait les beaux jours de Broadway, jusqu'en 2012. Il lance Neil Simon, monte Arthur Miller, et connaît un des plus beaux succès avec Angels in America, de Tony Kushner, en 2003, avant de l'adapter pour la télévision. Pas étonnant de compter dans sa filmographie autant d'adaptations, qui rencontrent pour la plupart un grand succès, dû en partie à son amour des acteurs. Il fait ainsi tourner quatre fois Jack Nicholson, trois fois Meryl Streep, deux fois Harrison Ford ou Julia Roberts. Tout Hollywood loue son sens du casting et son sens du spectacle. Incontestablement, les gages de sa longévité, pas tout à fait reconnue de ce côté de l'Atlantique. Moteur, en dix films.

Qui a peur de Virginia Wolf ? (1966)
Adaptation de la pièce d'Edward Albee, ce huis clos vaut surtout pour la performance alcoolisée du couple Burton-Taylor, sublimée par le noir et blanc de Haskell Wexler. Et pour l'admirable score signé Alex North. Un classique, et pour certains, le meilleur Nichols.
 


 
Le Lauréat (1967)
Le film d'une génération. Malgré une réalisation poussive, qui lui vaudra pourtant un Oscar, Mike Nichols a le mérite de faire découvrir une jeune acteur aux antipodes des canons de l'époque – Dustin Hoffman – de réactiver celle d'une actrice sur la brèche – Anne Bancroft – et d'avoir su capter l'esprit de l'époque. Le tout sur fond de piscine californienne pré-Bret Easton Ellis et de... Simon & Garfunkel !
 



 
Catch 22 (1970)
Roman culte de Joseph Heller, Catch 22 était réputé inadaptable. Mike Nichols s'y est collé avec une certaine réussite, pour restituer l'ambiance kafkaienne du roman, l'absurdité du conflit de la Seconde guerre mondiale, vu à travers les yeux d'un candide. A fait l'effet d'une bombe en plein conflit vietnamien. Excellent casting (Alan Arkin, Orson Welles, Anthony Perkins). Qu'en reste-t-il maintenant ? A redécouvrir. Est à Mike Nichols ce que Le Monde selon Garp est à George Roy Hill.
 



Ce plaisir qu'on dit charnel (1972)
Gros scandale à l'époque pour cette évocation de la libération sexuelle à travers les frasques sexuelles de deux amis, de l'adolescence à l'âge mûr, Jack Nicholson et Art Garfunkel, côté mâle, Ann Margret et Candice Bergen côté féminin. Un film dans l'air du temps, une fois de plus...Ce qui contribue à son côté un peu vieillot. Scénario signé du dessinateur Jules Feiffer, vu en 1988 chez Alain Resnais dans I want to go home.




Le Mystère Silkwood (1982)
A la fois thriller paranoïaque, film dossier et brulôt anti-nucléaire, Le Mystère Silkwood par sa forme, son genre et sa réussite est un film à part dans la filmographie de Mike Nichols. Et qui lui vaudra de revenir au 1er plan après quelques échecs commerciaux (La Bonne fortune, avec Jack Nicholson et Warren Beatty notamment). A son actif, un casting alors gonflé – Meryl Streep, Cher et Kurt Russel – pour un sujet européen. Sélection à Cannes 1982, nomination aux Oscars pour les deux actrices.




Bons baisers de Hollywood (1990)
Casting king size – Meryl Streep, Shirley McLaine, Dennis Quaid, Gene Hackman – pour cette satire de Hollywood, qui s'appuie sur les mémoires de Carrie Fisher et de ses relations avec sa mère, l'actrice Debbie Reynolds. Pas toujours léger-léger, mais quel duo d'actrices !





Wolf (1994)
Scénario en or signé Jim Harrison, casting en or massif – Jack Nicholson again, Michelle Pfeiffer, James Spader, Christopher Plummer. Résultat ? Une catastrophe artistique, pour un excellent BO... Dommage pour Jim Harrison !





Primary Colors (1998)
John Travolta en Bill Clinton et Emma Thompson en Hillary, pour une satire de la vie politique américaine. Avec le ban et l'arrière-ban du Hollywood démocrate. Pas révolutionnaire, mais, comme d'habitude, très bien joué et dialogué.
 




Closer (2004)
Chassés-croisés entre deux couples tirés d'une pièce de Patrick Marber, le film asseoit la popularité d'acteurs alors à leurs tout débuts : Natalie Portman, Clive Owen et, dans une moindre mesure, Jude Law. Auxquels s'adjoint Julia Roberts dans son 1er rôle grave. Peut-être moins tic et choc que son affiche le laissait supposer, peut-être un des plus beaux films sur l'usure du couple. Et une manière pour Mike Nichols, à 73 ans, de remettre son métier sur le tapis, de faire une variation sur Ce plaisir qu'on dit charnel – avec brio.





La Guerre selon Charlie Wilson (2007)
Satire politique sur le milieu des lobbyistes à Washigton, sur fond de guerre en Afghanistan en 1979, le film vaut pour son brillant script signé Aaron Sorkin, et un casting jouissif : Julia Roberts, Tom Hanks et un énorme Philip Seymour Hoffman. Son dernier film, réjouissant.



 
Travis Bickle 
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