mardi 25 novembre 2014

Night Call : quelque chose de pourri à Tinseltown


En salles : Deuxième critique de Night Call, qui n'a décidément pas laissé les rédacteurs de Cineblogywood indifférents (lire Night Call : des atouts mais...). L'occasion pour Joanna Wallace (les fans d'Audrey Hepburn apprécieront) de rejoindre l'équipe. Welcome !

VRP prêt à tout
 
Jake Gyllenhaal confirme son ascension vers le sommet, dans la course aux nominations à l'Oscar du meilleur acteur. Yeux exorbités, visage émacié, amaigri, il est Lou Bloom, un jeune homme prêt à tout pour trouver un job, du fond de son petit appartement vieillot mais propret de L.A. Et Lou apprend vite. 



Après avoir été par hasard témoin d'un accident sur l'autoroute, il découvre que l'on peut se faire de l'argent en filmant des images choc. "When it bleeds, it leads" ("S’il y’a des morts, ça vaut de l’or") : la simple petite phrase de Joe (Bill Paxton), tôlier de l'image à l'arrache, fait basculer Lou dans la course au scoop. Nina (Rene Russo), grande prêtresse du sensationnalisme de l'info au sein d'une chaîne de télé locale, lui donne sa chance.
 
A coups de tirades de VRP bien rôdées ("Pour gagner au loto, il faut se faire de l’argent pour acheter un billet"), Lou tente de se frayer un chemin vers la gloire, à coups d’images qui tâchent, de rouge (pardon) de préférence. Epaulé par son assistant totalement dévoué et terriblement naïf, Rick (Riz Ahmed, plus connu pour son rôle de terroriste du dimanche dans We Are 4 Lions), il ne recule devant rien pour être le premier sur les lieux des accidents ou des crimes les plus sordides, piratant les radios de la police, à la limite de l’éthique et la légalité. Car il y a quelque chose de pourri à Tinseltown. Jusqu’où ira Lou, gueule de crève la faim, comme il crève la dalle de reconnaissance ?
 
Sensationnalisme version 2014
 
Malgré quelques longueurs et un scénario qui pêche un peu côté psychologie des personnages, le film est le reflet d’une époque où n’importe qui peut faire de l’argent grâce à des images ou des photos volées (le site américain TMZ, qui met le public à contribution pour fournir des images et vidéos ou même des renseignements aux chasseurs de scoops, en est un parfait exemple).
Petite économie parallèle qui permet à ceux qui ne sont pas dans la lumière de ramasser les miettes. Où certains médias n’hésitent pas à faire encore et toujours du sensationnalisme et à scénariser l’information pour manipuler les masses et exacerber les tensions, sujet à la résonance toute particulière dans une ville comme Los Angeles, reflet d’une Amérique prônant l’intégration à tout prix mais où le communautarisme et la ghettoisation prédominent. Rene Russo (au passage Madame Gilroy, NDLR) trouve ici un rôle intéressant et couillu, elle qui s’était faite plutôt rare ces derniers temps.
 
Comme un parfum de Bret Easton Ellis
 
Le film lorgne clairement du côté de l’écrivain et de son univers. On regrettera que Dan Gilroy n’aille pas un peu plus loin dans son exploration de la folie (et dans son origine),  plutôt dommage en sa qualité de scénariste (Jason Bourne : l’héritage). Visuellement, c’est beau, les scènes de nuit tirant clairement leur épingle du jeu. Dan Gilroy essaime timidement deux ou trois plans assez malins, comme des indices de la progression psychologique de Lou.
 
On retiendra la belle performance de Jake Gyllenhaal, un peu bridé cependant par les limites que s’est lui-même imposées le réalisateur (frère du célèbre Tony Gilroy),  malgré une fin qui vaut le détour et ne trahit pas le reste du film. Dan Gilroy offre donc pour son premier film un début très prometteur.
 
Joanna Wallace


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