jeudi 18 avril 2013

Cannes 2013 : match France-Etats-Unis en puissance, avec l’Asie en embuscade


Buzz : 1858 films soumis au Comité de sélection  pour le Festival de Cannes 2013 qui se tiendra du 15 au 26 mai prochains. L’Inde à l’honneur, pour le centenaire de son cinéma. Steven Spielberg en président du jury. Audrey Tautou en maîtresse de cérémonie. Des confirmations, des surprises et des absents. Tour d’horizon. Et avis tout personnels !


Ils étaient déjà sélectionnés

The Great Gatsby : douze ans après Moulin Rouge, Baz Luhrmann fait de nouveau l’ouverture du Festival. Casting en or massif (Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan) pour une adaptation qu’on espère fine et mélancolique. Vue la bande-annonce, c’est comme si un éléphant faisait dans la dentelle… Entorse à la sacro-sainte règle d’or cannoise : le film sera sur les écrans US (le 10 mai) – avant sa projection à Cannes, le 15.

Zulu : après Thérèse Desqueyroux, un autre film français clôturera le Festival le 26 mai. Polar signé Jérôme Salle d’après une Série noire du Français Caryl Ferey, le film situé en Afrique du Sud rassemble un casting international, Orlando Bloom et Forest Whitaker. Espérons que le réal de Largo Winch 2 y sera davantage à son aise…

Belle présence américaine

Les frères Coen sont là avec Inside Llewyn Davis, biopic librement inspiré de la vie du musicien folk Dave Van Ronk. La version réussie de Sur la route, la décevante adaptation pas très hipster de Walter salles présentée en Cannes l’an dernier ?

Steven Soderbergh, boucle la boucle en présentant vingt-quatre ans après son premier film Sexe, mensonges et vidéo, son dernier, dans tous les sens du terme, Behind the candelebra. En compétition – classe ! Biopic du compositeur Liberace, emblème de Las Vegas des années 70. Avec Michael Douglas et Matt Damon en couple gay. Le film sera diffusé sur HBO aux Etats-Unis, sans passer par la case cinéma.

Alexander Payne revient sur la Croisette après Mr Schmidt avec Nebraska, un film au titre d’inspiration Springsteen. Surtout, grand come-back d’une figure du ciné US des 70’s : Bruce Dern. Rien que pour ça, on vote pour !

James Gray revient, et ça c’est une sacrée bonne nouvelle ! Reparti toujours bredouille de la Croisette, conjurera-t-il le mauvais sort qui pèse sur ses épaules avec The Immigrant - ex LowLife, ex Nightingale - ce drame historique sur l’immigration polonaise aux Etats-Unis au début du siècle ? Marion Cotillard, l’alter ego du cinéaste Joaquin Phoenix et Jeremy Renner font partie de l’aventure.

France : sélection plus plus !

Recalé pour Potiche et Dans la maison, François Ozon revient avec Jeune et jolie ! Tourné en toute discrétion, sans stars au générique – du solide : Charlotte Rampling, Frédéric Pierrot et Géraldine Pailhas – il devrait faire oublier son gros échec cannois, Swimming Pool, il y a 10 ans déjà. Gros buzz lancé par Mandarin : le film serait consacré à la sexualité d’une ado...

Abdellatif Kechiche est donc en compétition pour La vie d’Adèle - anciennement Le bleu est une couleur chaude  - d’après un manga, avec lui permettait de passer du club des cinéastes vénitiens à celui des cannois, le réalisateur de Venus Noire aurait comme à son habitude beaucoup de mal à réduire ses rushes (près de huit heures) à un montage prêt à temps.

Arnaud Desplechin est bien là avec Jimmy P., son premier film américain, son 2e tourné en anglais, adaptation de Psychothérapie d'un indien des plaines de Georges Devereux. Benicio Del Toro en indien névrosé et Mathieu Amalric en psychanalyste guère mieux logé. Cinéaste né à Cannes à la fin des années 80 avec La vie des morts, Desplechin y a quasiment son couvert – La Sentinelle, Comment je me suis disputé, Esther Kahn et Un conte de Noël y ont représenté à chaque fois la France, sans réel succès au Palmarès. Sera-ce la bonne pour cet immense cinéaste ?

Valérie Bruni-Tedeschi, avec Un château en Italie, revient à la veine auto-fictionnelle d'Il est plus difficile pour un chameau., L'actrice-réalisatrice passe devant la caméra pour son 3ème film en tant que réalisatrice entourée de Louis Garrel, Xavier Beauvois et André Wilms. Le film  se déroule en Italie et  raconte l'histoire d'une famille bourgeoise qui se désagrège. Scénario cosigné par l’actrice et sa copine Noémie Lvovsky et Agnès de Sacy.

La Vénus à la fourrure signe le retour de Polanski à la compétition ! Après la palme pour Le Pianiste en 2002 et la projection houleuse du Locataire en 1976 et indifférente de Pirates en 1986, il revient pour cette adaptation d’un hit de Broadway, avec Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric, dont c’est le 2ème film en compétition cette année.

La surprise ? Arnaud des Paillères et Michael Kolhaas, adaptation de Kleist, avec un très beau casting : Mads Mikkelsen, Sergi Lopez et Denis Lavant, dans un récit médiéval de vengeance. Réalisateur discret, qui avait su se faire remarquer avec Parc, en 2008, avec Jean-Marc Barr et Sergi Lopez, déjà.

Les autres : embouteillage français

Ashgar Farhadi (recalé par Cannes avec Une séparation, monte les marches auréolé du succès critique et public de son film rattrapé par Berlin. Bannière iranienne avec Le Passé, film quasi produit à 100% par la France, avec Tahar Rahim et Bérénice Bejo. Sortie France prévue le 22 mai. Heli d’Amat Escalante, représente le Mexique. Proche de Carlos Reygadas, le cinéaste avait déjà présenté Sangre en 2005 à Un certain regard. Thierry Frémaux persiste et signe avec Paolo Sorrentino. 5ème sélection officielle pour le cinéaste italien après Les conséquences de l'amour, L'ami de la famille, Il divo et This must be the place. Très beau et mystérieux trailer pour son nouvel opus, La grande bellezza, en salles fin mai.

On est très heureux de voir confirmé Only god forgives, le second film de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling. Vu le trailer et l’affiche, un film vraiment "punk et radical", comme l’a souligné Frémaux. Tant mieux ! Au générique, également, Kristin Scott-Thomas. En salles fin mai.  Borgman du Néerlandais Alex van Warmerdam. Un peu perdu de vue ces derniers temps. Très bons souvenirs des Voisins. Un univers absurde, quelque part entre Tati et Kaurimaski.

Les abonnés asiatiques
Le Japonais Hirokazu Kore-Eda revient avec Like father like son. L’auteur de I wish et Nobody knows, déjà en competition, a ses vrais aficionados. L’heure de la consécration pour ce cinéaste sensible, proche des enfants, et qui creuse la thématique de la séparation avec beaucoup de sensibilité et de finesse ? Tian Zhu Ding, de Jia Zhangke, marque le retour de la Chine au 1er plan de la compétition, avec un cinéaste majeur. 4 histoires, par le cinéaste de Platform et The World. Et du chef d’œuvre Still Life. Un regard proche d’Antonioni sur la Chine contemporaine qui se défait. Une palme d’Or en puissance ! Le Japonais fou furieux Takashi Miike (Samourai, 13 assassins, Visitor Q) en compétition avec Wara no tate/Straw shield devrait réveiller la Croisette !.

Séances spéciales et hors compétition :De très beaux restes ! Guillaume Canet sera présent pour Blood Ties, son film "américain". James Toback (réalisateur de Fingers, scénariste du Flambeur) viendra présenter Séduite et abandonnée. Johnnie To et son Blind Detective, et l’Indien Moonsoon Shoutout d’Amid Kumar. Stephen Frears, pour son doc sur la justice américaine, Muhammad Ali’s greatest fight. All is lost, avec Robert Redford, comme seul acteur. Son come-back ? Un pitch passionnant, pour le second film du réal de Margin Call, JC Chandor, qui avait été une bonne surprise l’an dernier.

Les grands absents
Pas de news donc de LVT et son Nymphomaniac ni de Jarmusch et son Only lovers left alive, film de vampires a piori racé et sulfureux, avec un casting hot et culte : Tilda Swinton et Tom Hiddleston. Terrence Malick continue-t-il de monter ou filmer son dernier film Knight of cups, avec Christian Bale et Natalie Portman ? Et puis, finalement, malgré des rumeurs persistantes, rien sur l’alléchant The Congress, d’Ari Foleman, avec, entre autres, Robin Wright et Harvey Keitel, d’après un roman SF du célèbre auteur de Solaris, Stanislas Lem.
Travis Bickle
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