Dossier

mercredi 3 avril 2013

Quartet : non, mais Dustin, pourquoi ?


En salles : C’est un fait entendu : Dustin Hoffman est un très grand acteur. Incontournable du cinéma américain des années 70 et 80, il a marqué son époque. A un point tel qu’on est tous capables de citer au moins une de ses compositions. Exigence, rigueur, implication sont les maîtres-mots de sa carrière. Du Lauréat à Lenny, en passant par Little Big Man, Rain Man, Marathon Man, All President’s men ou Tootsie, on a tous en nous un morceau de Dustin Hoffman dans la tête. Actor’s studio chevillé au corps, ses compositions n’ont jamais laissé indifférents, même lorsqu’elles étaient au service de l’univers de cinéaste bien trempé, tel Peckinpah ou Arthur Penn.


 
Films importants, pas majeurs

Si ses compositions restent marquantes, sa carrière au final reste composée de films certes importants, mais pas réellement majeurs. Mis à part Macadam Cowboy, Little Big Man ou Tootsie, peu de chefs-d’œuvre indémodables. La faute peut-être à la crainte que suscitait son exigence et son perfectionnisme. D’où l’absence étonnante dans la carrière d’un acteur de la génération des Pacino et De Niro de cinéastes de l’envergure de Coppola, De Palma, Cimino, Scorsese – on y trouve bien Spielberg, mais vraiment pas pour son meilleur film, Hook.

Flou des années 2000

Et puis, depuis une bonne quinzaine d’années, - par paresse artistique ? erreurs de choix ? - son image s’est floutée. Impossible comme ça de citer le moindre film marquant qu’il aurait tourné ces 15 dernières années – qui se souvent de Last Chance for love, Neverland ou de L’incroyable destin d’Harold Crick, vraiment ?

Quartet de clichés

Alors, l’idée de le voir passer derrière la caméra apparaît comme un prolongement idéal à sa carrière. Dommage que pour cet hommage aux comédiens, basé sur une pièce du solide dramaturge Ronald Harwood – auteur de L’Habilleur, également scénariste du Pianiste de Polanski – il se soit autant fourvoyé. Digne d’une dramatique TV, un peu mieux éclairée pour faire joli, son Quartet aligne les clichés les plus démagogiques sur la vieillesse, le temps qui passe et les paysages so british.

Pour les rombières du Figaro Magazine


Surtout, l’absence de point de vue et de parti pris de mise en scène nous font vraiment regretter l’acteur Hoffman, capable de ressusciter le standup comedian Lenny Bruce dans le magistral Lenny de Bob Fosse, ou d’émouvoir à la gorge en incarnant Willy Loman, le commis-voyageur d’Arthur Miller. Là, aucune personnalité, aucun point de vue, juste un tout juste agréable album d’images à même de satisfaire le lectorat senior, très senior, du Figaro Magazine. Tant qu’à faire, sur un tel sujet, Dustin Hoffman aurait mieux fait de confier la caméra à un Stephen Frears ou Mike Leigh, et de jouer dedans. En attendant, mieux vaut donc revoir Dernier amour, de Dino Risi, beaucoup plus féroce et cruel ; ou bien l’admirable Fin du Jour de Julien Duvivier, avec Louis Jouvet et Michel Simon.

Travis Bickle

 
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