mardi 30 avril 2013

INTERVIEW - Gilles Jacob se souvient : Spielberg, Fellini, guerre et tweets (2/2)


Artistes : Suite et fin de notre entretien avec Gilles Jacob (découvrez la première partie). Quelques jours avant le Festival de Cannes 2013, "Citizen Cannes" nous a reçu dans ses bureaux parisiens pour évoquer son livre Les Pas perdus, édité chez Flammarion. Une balade pleine de charme dans les souvenirs, graves, futiles ou joyeux, de l'auteur. Découvrez ci-dessous l'intégralité de l'interview audio et la deuxième partie de la retranscription.

Cineblogywood : vous souvenez-vous de vos relations sociales avant Twitter ?
Gilles Jacob :
Elles étaient fatalement par fax, mail, textos, téléphone et aussi par contact personnel.

Cineblogywood : et vous souvenez-vous de votre premier tweet ?
Gilles Jacob : Non mais il devait être très timoré. Il faut tâtonner… Pourquoi celui-là ne part pas ? Ah bah, il y a 142 signes. On n’a pas compris tout suite qu’il y a un petit "- 2"… Il faut apprendre.


Cineblogywood : vous souvenez-vous de la projection d’E.T. au Festival de Cannes, en 1982 ?
Gilles Jacob : Ah, je m’en souviens très bien. C’était la dernière projection de l’ancien palais. La salle était pleine. J’étais très anxieux de savoir de ce que les journalistes allaient dire puisque c’était un film à la Spielberg, c’est-à-dire de divertissement, qu’on aurait même pu considérer comme "gentil". Et en fait, les critiques ont adoré et les vieux briscards avaient la larme à l’œil. Spielberg, il sait faire. 

Cineblogywood : avez-vous le souvenir d’une standing ovation ?
Gilles Jacob : A mon avis, elle a eu lieu à la projection de gala. C’est souvent comme ça, car il y a du public.

Cineblogywood : vous souvenez-vous d’Amarcord ?
Gilles Jacob : Ah, très, très bien. J’ai toujours adoré Fellini, qui était un ami, et Amarcord était un de ses plus beaux films. En plus, les histoires de mémoire, cela me touche. Je me souviens de plein de scènes du film. Comment s’appelle cette grosse dame qui fait peur aux enfants ? La… Serafina ? Je ne veux pas dire de bêtise mais ça se termine par "A" [il y a en fait La Gradisca, jouée par Magali Noël ; La Volpina, qui fait peur aux enfants ; et la grosse dame, c’est la buraliste. Facile quand on peut vérifier après coup, NDLR]. Et il y a des scènes que je confonds avec Roma, notamment des scènes avec des tramways et des gens qui mangent des spaghettis dans la rue, et celle avec le chef de famille qui a une espèce de résille sur les cheveux...



Cineblogywood : vous souvenez-vous du jour où vous vous êtes écrié : "La guerre est finie" ? 
Gilles Jacob : Ce n’était pas le jour de la projection du Resnais [La guerre est finie, avec Yves Montand, NDLR] ! "La guerre est finie", je ne me le suis pas écrié car à ce moment-là, j’étais caché dans un séminaire, en Isère. Et je n’ai appris que la guerre était finie que deux ou trois jours après en entendant les prêtres converser entre eux puisqu’on n’avait pas la radio, ni les journaux. Je n’ai même pas bien réalisé et après, mes parents sont venus me chercher.

Cineblogywood : d’où la place particulière que tient à vos yeux Au revoir les enfants ?
Gilles Jacob : Oui, d’abord parce que c’est un très beau sujet, un film très émouvant. Et ensuite, c’est un peu mon histoire : je l’avais racontée à Louis [Malle], qui l’a légèrement transformée. Il l’a mélangée avec une histoire qui lui était arrivée et il a changé l’harmonium en piano. Mais on était toujours caché derrière, il y a toujours les Allemands qui viennent chercher les enfants…  

Cineblogywood : vous souvenez-vous de la première fois où vous avez accueilli l’équipe d’un film en haut des marches ?
Gilles Jacob : Alors, euh, c’était… en 1978, donc dans l’ancien palais des festivals. Le haut des marches était extrêmement dangereux : il n’y avait que quelques marches très raides, les photographes se mettaient en travers, en haut, il fallait les faire écarter. Et en haut, le palier était étroit et la porte s’ouvrait à l’envers. Quand il y avait trop de monde, les contrôleurs poussaient les gens contre la porte, en prenant parfois la main de quelqu’un, pour empêcher d’entrer. C’était une sorte de petite bataille ! Donc moi, je faisais très attention à ne pas être pris là-dedans.

Cineblogywood : vous souvenez-vous des 15 règles que vous vous êtes fixées une fois à la tête du Festival de Cannes ?
Gilles Jacob : Non mais je me souviens de la dernière : "Il faut oublier les 14 règles précédentes" !

Cineblogywood : vous souvenez-vous du meilleur conseil que vous ayez donné à quelqu’un voulant faire du cinéma ?
Gilles Jacob : C’est de travailler sans relâche. Pour faire du cinéma, il faut du talent, de la chance et du travail. Le talent, on ne sait pas si on l’a ; la chance, non plus ; le travail, il n’y a qu’à y aller.

Cineblogywood : et pour ceux qui veulent écrire sur le cinéma ?
Gilles Jacob : Avoir vu beaucoup de films.


Cineblogywood : pour terminer, pourriez-vous lire un de vos souvenirs tirés des Pas perdus ?
Gilles Jacob : N’importe lequel ? [il ouvre le livre au hasard] Ah, et bien en voilà un très bien. Souvenir numéro 90 : "Je me souviens qu’on s’était promis de discuter du bon vieux temps. Ce sera pour une autre fois". Cela vous va comme conclusion ? 

Anderton
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