A LA UNE

lundi 23 février 2015

Birdman : A Star is Re-Born


En salles : Avec Birdman, Michael Keaton is back ! Difficile de ne pas faire d’emblée un parallèle entre l'acteur et Riggan Thomson, son personnage dans le film, star déchue (voire has been) ayant connu son heure de gloire en incarnant le super héros Birdman. Et pourtant la franchise Batman a coulé à pic lorsque Keaton, regard bleu acier, inoubliable dans les deux premiers opus orchestrés par Tim Burton, a cédé sa place pour entamer assez rapidement une longue traversée du désert.




Les clins d’oeils à Batman – et plus généralement aux super-héros - sont nombreux. Riggan est harcelé par son côté sombre, son monstrueux ego qui prend la forme de Birdman lui-même. Un double maléfique en quelque sorte, avec une voix rauque que l’on jurerait être celle de Christian Bale dans The Dark Knight

Riggan, obsédé par sa gloire passée jusqu’à penser qu’il possède des supers pouvoirs (le doute plane d’ailleurs tout au long du film), veut revenir sur le devant de la scène à tout prix, mettant en péril un équilibre familial déjà bien fragile. Epaulé par sa fille (Emma Stone, impeccable en fille perdue mais sans les cheveux gras) tout juste sortie d'une cure de désintoxication, et par son improbable producteur (Zach Galifianakis, toujours génial dans l’excès), il tente de revenir sur le devant de la scène en montant une pièce à Broadway.

Habile pamphlet

Fomentant son comeback, Riggan veut un acteur de la A-List pour partager la scène du théâtre avec lui. Mais aucun n’est disponible puisque déjà booké pour un film... de super héros ! Le sort s’acharne avec l’aide de Lesley (Naomi Watts) autre actrice de la pièce, Riggan finit par trouver le partenaire idéal en la personne de Mike (Edward Norton), figure du théâtre indépendant. Mais son ego maladif voit en Mike un rival... la guerre est déclarée.

Moins dramatique que ses précédents films, Birdman est une comédie noire pour laquelle Alejandro Gonzalez Iñarritu s’appuie sur un casting de haut vol (pardon). Or, les acteurs se mettent au service d’une oeuvre qui brille plus par sa singularité visuelle et son parti pris narratif que par la profondeur de ses dialogues. Car conformément au titre de la pièce que Riggan met en scène (What We Talk About When We Talk About Love), les personnages passent leur temps à essayer de se dire qu’ils s’aiment sans vraiment se comprendre. Riggan et sa femme, Lesley et son mari Mike, Riggan et sa fille Sam... ce qui donne lieu à des engueulades perpétuelles mais vaines (et parfois fatigantes) où chacun passe à côté de ses quatre vérités.

A travers le personnage de Riggan, Iñarritu cherche aussi à mettre en lumière les tourments de l’artiste sans cesse confronté au poids de la critique, souvent acerbe et infondée. Le titre à rallonge (Birdman ou la surprenante vertu de l’ignorance) serait-il un indice pour la bonne compréhension du spectateur ? 

La vertu du (faux) plan séquence

Car le film est un quasi huis-clos orchestré par un remarquable faux plan séquence de deux heures où la caméra toujours en mouvement nous promène dans les méandres du théâtre où se joue la pièce, à l’exception de rares incursions dans les rues ou les bars adjacents.

Que se passe-t-il à l’extérieur ? Riggan, enfermé dans sa loge comme il l’est en lui-même, aux prises avec son ego, se raccroche au souvenir d’une gloire pas si lointaine. Mais selon sa fille il n’existe plus, à l’heure de la célébrité instantanée made in YouTube, Facebook et Twitter. Comment reconquérir son statut de célébrité grâce aux réseaux sociaux ? Riggan l’apprendra à ses dépens.
On doit la singularité du film au travail du talentueux directeur photo Emmanuel Lubezki, auteur des prouesses visuelles sur les films de Terrence Malick (The Tree of Life, le prochain Knight of Cups) et d’Alfonso Cuaron (Les fils de l’homme, Gravity) pour ne citer qu’eux. Lubezki sait utiliser la lumière comme personne, et le film recèle une foultitude de plans tous plus inventifs les uns que les autres. Pas étonnant qu’il ait remporté l’Oscar ce week-end, pour la seconde fois (déjà récompensé pour Gravity l’année dernière).

Auréolé de quatre Oscars et de deux Golden Globes, Birdman prouve qu’Hollywood sait se moquer d’elle-même, en récompensant une œuvre qui célèbre la résurrection artistique sur fond d’agonie créative. Le film signe le grand retour de Michael Keaton, même s’il passe à côté de l’Oscar du meilleur acteur.. A star is re-born.

Joanna Wallace



Enregistrer un commentaire