mardi 3 mars 2015

Inherent Vice : The Big Sportello-wski


En salles : Après deux films qui l'ont propulsé au firmament du cinéma d'auteur américain – There will be blood et The Master – que pouvait donc bien faire Paul Thomas Anderson, 44 ans, pour son 7e film ? Réponse imparfaite et décevante, à défaut d'être déceptive, avec son adaptation du romancier culte américain, réputé inadaptable, Thomas Pynchon (Vente à la criée du lot 49), Inherent Vice, qui semble renouer avec la veine du polar américain, quelque part entre Le Grand sommeil et Le Privé, version psychédélique. Comme un appendice à The Big Lebowski des frères Coen. Mais qui laisse malheureusement en plan son spectateur. Explications.



Pitch de bazar psyché 

Comme tout bon polar à la Chandler, l'intrigue est... irracontable. Tout juste peut-on dire qu'il s'agit de l'enquête menée par un privé pour retrouver sa girlfriend, mystérieusement volatilisée dans le Los Angeles hippie du début des années 70. Prétexte à une déambulation et à une galerie de personnages plus frappadingues, tu meurs : un flic totalement psychopathe et schizophrène ; un dentiste obsédé sexuel ; une riche veuve joyeuse cougar et nymphomane . Ou bien le principal protagoniste, un privé complètement largué, davantage préoccupé par la marijuana que par le bon déroulé de son enquête. On retrouve là le goût de PTA pour une structure chorale, prétexte à un portrait de sa ville de prédilection, Los Angeles. Et qui rappelle aussi bien Boogie Nights que Magnolia.

Ex-fan des sixities

Outre sa parenté narrative avec le film d'Altman, Inherent Vice dresse également un portrait de l'Amérique post-hippies sur un mode ironique et désenchanté, le même que livrait live Robert Altman dans Le Privé. Biker nazis, militants Black Panthers, centre de désintox pour fils à papa, affairiste immobillier véreux, jeunes rebelles fugueurs, il est loin le temps du flower power et des illusions de 68 ! Charles Manson, le VietNam et Rochard Nixon sont passés par là. C'est tout le prix du film de réactiver une époque dans ses moindres détails, avec un talent incroyable, au niveau de la lumière et des costumes notamment. Auquel contribue significativement le score de Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead, désormais compositeur attitré de Paul Thomas Anderson, pour sa 3e collaboration d'affilée. Et qui contient des morceaux de Can, Neil Young ou Minnie Riperton. 

Casting 3 étoiles

Ce n'est pas un scoop : PTA s'est révélé dès ses 1ers films comme un véritable magicien pour faire jaillir le meilleur de ses comédiens. De ses complices habituels - Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman – jusqu'aux révélations inattendues – Tom Cruise, Mark Wahlberg, Adam Sandler. Et Inherent Vice ne déroge pas à la règle : Joaquin Phoenix, dans le rôle du privé Doc Sportello, n'avait jamais été aussi léger, drôle et émouvant qu'ici, dans le rôle de ce détective complètement à l'ouest ; Josh Brolin, en nouveau venu dans son univers déjanté, fait une composition jouissive de flic brutal, aux comportements plus qu'ambigus ; ou Owen Wilson à total contre-emploi. Dans des seconds rôles, on retrouve des acteurs disparus de la circulation, venus ici pour revenir à nos mémoires, parfois juste le temps d'une scène : Martin Short, l'ex-star du Saturday Live, vu dans L'Aventure intérieure, méconnaissable en dentiste obsédé sexuel, quasi-sosie de Mike Myers ; ou bien l'acteur fétiche de Hal Hartley, Martin Donovan, ventripotent et tout-puissant. Sans parler d'Eric Roberts, dans un cameo inoubliable. Et de la myriade de naïades californiennes qui entourent Joaquin Phoenix, Jena Malone et Katherine Waterston en tête.

Perdu dans ses déambulations

Alors, d'où vient cette sensation d'inachèvement ? Outre une légère tendance à s'appuyer sur une voix off un peu trop explicative – certes, un pré-requis pour tout polar qui se respecte, mais qui là, détourné de sa fonction narrative, nous fait entrer dans des divagations un peu trop embrumées – Paul Thomas Anderson s'est laissé griser par sa déambulation pour livrer un film de 2h30. La durée n'est pas en cause en soi – elle l'est, dès lors que la narration patine, se répète, revient en arrière, sans justification. Là où le film eût été parfait en 1h30, il lasse le spectateur. Et c'est dommage tant on aime ce retour vers les 70's, initié par un personnage qui rappelle souvent The Big Lebowski des frères Coen, qui se voulait déjà une crypto-adaptation de Raymond Chandler.

Travis Bickle



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