samedi 31 décembre 2016

Cinéma 2016 : le Top 10 de Fred Fenster

En salles : J’avais trouvé le millésimé 2015 assez faible, malgré la claque Sicario. L’année cinématographique 2016 a été nettement meilleure. Plus équilibrée, déjà, avec des réussites tant dans les films français que les films étrangers, avec des beaux drames, de très bons films de genre, et des grands films d’animation. Une année qui restera marquée par plusieurs grands numéros d’acteurs. D’actrices surtout, d’ailleurs. 



D’une manière générale, en 2016, j’ai vraiment bien aimé :
- La très belle santé de l’animation, avec plusieurs très bons films, très différents les uns des autres : La tortue rouge, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde, Le garçon et la bête, voire même Ballerina, plutôt pas mal, même si surtout destiné aux très petits.
- La galerie de très beaux portraits féminins, magnifiquement interprétés : je retiendrai notamment Sonia Braga dans Aquarius, Isabelle Huppert dans Elle, Adèle Haenel dans La Fille inconnue, Rooney Mara et Cate Blanchett dans Carol, Virginie Efira dans Victoria, Sandra Hüller dans Toni Erdmann, et bien sûr, Oulaya Amamra et Deborah Lukumuena dans Divines. 
- Le cinéma français, avec quelques films vraiment réussis, dans tous les genres : des comédies, surtout (Tout pour être heureux, L’effet aquatique, Victoria, Five, et dans un style atypique, Merci Patron), mais aussi des drames (l’impressionnant Diamant noir), des docu/fiction (Swagger), et des supers films d’animation, déjà évoqués plus haut.

Dans le détail, voici mon top 10 2016, sur les 67 films vus cette année. Un palmarès comme d’habitude totalement subjectif, avec pour principal critère, l’émotion suscitée. 

10) La Relève, histoire d’une création - Thierry Demaizière et Alban Teurlai
Un très beau documentaire, un brin panégyrique, peut-être, tout à la gloire de Benjamin Millepied, même si le film n’occulte pas ses défauts. Mais aussi un film sur la danse, sur les danseurs et leur travail, et surtout, comme le dit le sous-titre, un film sur la création d’une chorégraphie : quels gestes, quels mouvements, à quels moments... Et la magnifique synergie entre toute une galerie talents : le chorégraphe, bien sûr, mais également le compositeur (hilarant Nico Muhly), le (très) jeune chef d’orchestre (Maxime Pascal), les musiciens, et les danseurs... 

9) Room - Lenny Abrahamson
Bien sûr, il y a la belle performance de Brie Larson, et surtout la révélation Jacob Tremblay, qui mériterait le Fred Fenster d’or de la meilleure performance masculine de l’année, tant il est exceptionnel. Mais Room, c’est aussi une belle histoire d’amour filial, dans un contexte terrible, et un film sur la difficulté d’être libre, lorsqu’on n’a connu que l’enfermement. Une problématique qu’on peut aisément transposer à toutes sortes de situations, bien moins dramatiques que celle du film.

8) Premier contact - Denis Villeneuve
Disons-le tout net : je suis sorti de Premier contact en me disant : "Bordel, j’ai rien compris, mais qu’est-ce que c’était bien !" Premier contact, c’est beau, inventif (ce langage extra-terrestre, c’est LA trouvaille de l’année), et sans réécrire l’histoire du film de science-fiction, ça amène quand même vraiment quelque chose de nouveau. Puis, disons-le, la petite musique humaniste jouée par le film, ça faisait quand même plutôt du bien, au sortir de cette année de merde. Et puisqu’on parle de musique, évoquons quand même celle très réussie de Jóhan Jóhannsson, qui avait déjà collaboré avec Villeneuve sur le brillant Sicario. 

7) Divines - Houda Benyamina 
Un premier film, avec ses défauts, quelques facilités, et des moments peut-être un peu irritants, parfois. Mais une énergie folle, deux actrices extraordinaires (Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena) qu’on espère revoir vite – et même trois, Jisca Kalvanda étant elle aussi incroyable dans le rôle du caïd de la cité –, et quelques scènes électrisantes. Une Caméra d’or méritée, et un discours de Houda Benyamina dont on se souviendra : "Cannes nous appartient, Cannes est à nous aussi. (...) On est là, quoi ! C’est possible". 

6) Carol - Todd Haynes
La plus belle histoire de l’amour de l’année, servie par deux actrices à leur meilleur. Une mise en scène d’une précision admirable, une magnifique reconstitution du New-York des années 50, et quelques scènes sublimes (voir mon Top 10 des scènes de l’année). 

5) Ma vie de Courgette - Claude Barras 
Un film d’animation, certifié 0 défauts : c’est intelligent, tendre, émouvant, un peu dur, bien sûr, mais souvent drôle, aussi. Cerise sur le gâteau, le film dure 1h06, et à un moment où les films de plus de deux heures sont légion, c’est assez appréciable. Un film qui donne presque envie de se faire pousser une moustache et de devenir flic (#jesuisraymond), c’est dire. Et de ressortir ses disques des Béru. Car oui, même la bande originale est géniale. 

4) Manchester by the sea - Kenneth Lonergan
Un mélodrame déchirant, sur le retour d’un homme brisé dans une ville où il a vécu un événement effroyable ; de ceux dont on ne se relève pas, ou jamais tout à fait. L’interprétation est magistrale, avec notamment des rôles secondaires éblouissants (Kyle Chandler, toujours aussi intéressant, Michelle Williams, et le prometteur Lucas Hedges), et photo sublime (bravo Jody Lee Lipes). Si Lee traverse un long tunnel de désespérance, le film est toujours dur, mais jamais pesant, notamment en raison des petites respirations qu’apporte l’humour de Patrick / Lucas Hedges, le jeune neveu de Lee / Casey Affleck. Et au bout de ce tunnel, on finit par apercevoir de la lumière. 

3) Spotlight - Tom Mc Carthy
Spotlight, c’est l’archétype du film de genre – le cinéma « journalistique », (très réussi) : une facture classique, une équipe de comédiens parfaits (avec une mention spéciale pour Mark Ruffalo, Liev Screiber et Stanley Tucci), et une histoire passionnante. Spotlight est peut-être sans surprise, mais c’est parfaitement écrit, réalisé, mis en scène, joué. Le cinéma que j’aime. 

2) Ce sentiment de l’été - Mikhaël Hers 
Un très beau film sur le deuil, ou plutôt, sur la reconstruction après la mort d’un être cher (une compagne, une sœur). Trois années, trois villes (Berlin, New-York, Paris), et, comme le dirait Nino Ferrer, "toujours en été". Le film a un côté intemporel, hors du temps, peut-être en raison de cette photo un peu sépia, et de ces robes d’été qui pourraient venir des années 70 ou 80, comme d’aujourd’hui... L’émotion est omniprésente, mais toujours retenue : on est souvent border-larmes, mais le film a l’élégance de ne jamais nous faire chialer. Anders Danielsen Lie et Judith Chemla sont géniaux. Mon coup de cœur de l’année.

1) Aquarius - Kleber Mendonça Filho
Aquarius est un film d’une ambition et d’une ampleur de malade. Quand certains brassent trop de sujets, sans finalement n’en traiter aucun correctement, Mendonça Filho traite de plein de chose, et réussit son coup à chaque fois : dans le désordre, la famille, vieillir, être une femme dans un monde d’homme, les rapports sociaux au Brésil (son thème de prédilection, déjà abordé avec brio dans l’excellent Les bruits de Recife), et même le désir et le cul chez les seniors ! Une bande son géniale (avec dans les dix premières minutes du film, Hoje, Taiguara, Another one bites the dust, Queen, et l’immense Toda Menina Baiana de Gilberto Gil). Une absence inexplicable au Palmarès de Cannes 2016.

A la porte de ce Top 10 : Toni Erdmann, Julietta, Elle, Tout en haut du monde, Dernier train pour Busan, Victoria.

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Fred Fenster


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