Dossier

jeudi 8 décembre 2016

Premier Contact : un film téléphoné (maison)

En salles :  Dans Premier Contact, réalisé par Denis Villeneuve, treize énormes monolithes atterrissent aux quatre coins du globe. Louise (Amy Adams), une linguiste de renom est appelée pour tenter de communiquer avec ces nouveaux arrivants et établir un premier contact. 


Il y a deux types de films sur les débarquements extraterrestres. Les films idiots et les films intelligents. Les films idiots racontent en général l’arrivée d’une espèce dangereuse venue nous exterminer et des courageux humains qui se défendent tant bien que mal. Pensez à Independance Day ou à La Guerre des mondes. Les films intelligents s’intéressent moins aux aliens eux-mêmes (que l’on voit peu ou pas) mais aux conséquences qu’aurait un tel évènement sur notre monde, nos vies, nos croyances, nos États, etc. Parmi eux, on compte des chefs d’œuvre comme le Rencontres du 3e type de Steven Spielberg mais aussi le trop méconnu Contact de Robert Zemeckis, qui reste pourtant de très loin ce qui s’est fait de mieux dans le genre.

Les films idiots sont plus faciles à apprécier que les films intelligents. Nos cerveaux sont en sommeil et nous suspendons facilement notre incrédulité pour accepter le spectacle qui nous est offert. Ainsi, un informaticien qui parvient à introduire un virus dans un système informatique des millénaires plus avancé que le nôtre, ou un président américain qui pilote son F16, peuvent procurer un réel moment de bonheur. Les films intelligents nous rendent plus exigeants, moins crédules et peut être aussi plus critiques.

C’est sûrement pour cela que ce Premier Contact passe aussi mal. Que le film se prenne au sérieux est tout à l’honneur de ses créateurs, mais qu’il le fasse aussi maladroitement est difficilement excusable. De la bêtise profonde de ses protagonistes (personne n’avait pensé à utiliser l’écrit pour communiquer avec les aliens avant notre héroïne), à la vision totalement manichéenne du monde qui rend le film presque gênant (les Occidentaux - enfin, les Américains - tentent de communiquer, tandis que Russes et Chinois s’impatientent de pouvoir balancer leurs bombes), le film est confondant de bêtise. Ça pourrait passer si tout ceci ne s’ancrait pas dans une narration d’une lourdeur mélodramatique à faire pleurer les morts.

Du film on ne sauvera que le dernier tiers qui, sans rien perdre de sa lourdeur, nous emmène dans une direction assez rafraîchissante. Sur bien des aspects, le film de Villeneuve rappelle ceux de M. Night Shyamalan. Une idée de dénouement plutôt très bonne, mais autour de laquelle il a fallu broder un scénario qui manque cruellement d’ampleur.

Villeneuve avoue avec une certaine honnêteté dans Le Point avoir dû caler ce Premier Contact entre la post-production de Sicario et la pré-prod de Blade Runner 2, dont il vient de terminer le tournage. Espérons qu’il aura accordé plus d’assiduité à cette suite du plus grand film de tous les temps. Car à l’instar de Shyamalan, on commence à se demander si ce début de carrière tonitruant ne lui aurait pas brûlé les ailes.

L'Oncle Owen
@romainbrami
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