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lundi 5 décembre 2016

Le Grand chantage : presse qui souille...

En DVD et Blu-ray : Des Hommes du président à Zodiac, nombreux sont les films à rendre hommage au travail courageux de journalistes intègres. Pas Le Grand chantage (Sweet Smell of Success, 1957), qui sort mercredi dans un beau coffret. Burt Lancaster et Tony Curtis y incarnent deux ordures comme on n'en a vu rarement au cinéma.




Un chroniqueur new-yorkais tout puissant (Burt Lancaster) vit mal la relation amoureuse que sa soeur adorée entretient avec un musicien de jazz. Pour mettre un terme à cette idylle, il fait appel à un attaché de presse prêt à tout (Tony Curtis). Jamais la Grosse Pomme n'a semblé aussi pourrie. La nuit, à Manhattan, dans les clubs enfumés ou les restaurants à la mode, chacun se jauge, se juge, s'affronte ou s'évite. A coups de menaces ou de manipulations. Pour l'appât du gain ou la soif de pouvoir. La haine et la rancoeur le disputent à la peur. 

A la rue

Ambiance glauque, situations sordides que sublime le directeur de la photo James Wong Howe. Manhattan by night. Une ville électrique, vivante, sans cesse en mouvement qu'a bien su capturer le réalisateur Alexander Mackendrick. Loin des productions hollywoodiennes de l'époque, entièrement tournées en studio, Le Grand chantage a été filmé dans la rue. Et cette tension se ressent à l'écran. D'où, également, cette véracité, cette justesse qui font qu'on croit à l'histoire. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de penser que Mackendrick et ses producteurs (dont Lancaster fait partie), tout en décrivant les excès d'une certaine presse, ont évoqué à mots couverts les ravages du maccarthysme.

L'histoire est portée par un duo d'acteurs qui bouffent l'écran. Tony Curtis et Burt Lancaster s'étaient déjà entendus à merveille dans Trapèze (Carol Reed, 1956) et leur association est une nouvelle fois étincelante. Le premier joue un attaché de presse volubile, agité, inquiet, un filou qui vendrait père et mère pour une citation dans la chronique de J.J. Hunsecker. Lequel est un personnage froid, implacable, qui fait et défait les carrières d'un trait de plume. Jamais Lancaster n'a été aussi inquiétant et antipathique. Leurs scènes communes sont hypnotisantes, tout comme les dialogues signés Ernest Lehman, percutants, traversés d'expressions inédites et puissamment évocatrices. 


Une fois de plus, Wild Side soigne son édition : un Blu-ray, deux DVD et un livret inédit. Trois bons bonus : un entretien avec le critique Philip Kemp qui raconte la production du film et les déboires du réalisateur face à ses producteurs ; des scènes commentées par Kemp et un passionnant documentaire sur Mackendrick, cinéaste méconnu à qui l'on doit Tueurs de dames (The Ladykillers, 1955), puis quelques films pas toujours réussis, beaucoup de tournages chaotiques puis une fin de carrière hors des plateaux, en tant que doyen de Cal Arts, l'école d'arts créée par Walt Disney !

Anderton

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