Dossier

jeudi 8 décembre 2016

The Music of Strangers : quelques notes d'espoir

En salles : En cette sombre période où l'étranger concentre toutes les peurs, toutes les haines, où les Etats dressent des murs, où les cultures semblent condamner à s'affronter, un orchestre regroupant quelques-uns des plus grands talents de la planète fait entendre sa petite musique différente. A l'initiative du violoncelliste Yo-Yo Ma, le Silk Road Ensemble propage de bonnes vibrations depuis 2000. C'est l'histoire de cette aventure improbable que raconte The Music of Strangers, un documentaire feel good signé Morgan Neville.


Même ceux qui ignorent tout de la musique classique ont entendu parler de Yo-Yo Ma. Enfant, ce fils d'immigrés chinois installés aux Etats-Unis (après un passage par Paris) a joué devant le couple Kennedy. Le violoncelliste surdoué a grandi et s'est produit dans les salles de concert les plus prestigieuses de la planète, obtenant une reconnaissance autant critique que publique. Au point d'apparaître dans un épisode des Simpson ! 


Atteindre si tôt le statut de génie n'était pas une fin en soin pour Yo-Yo Ma. Il a ressenti le besoin d'aller à la rencontre de l'autre et de s'ouvrir à de nouvelles cultures. Cette soif de découvrir et de partager l'a amené à fonder avec d'autres musiciens classiques ou traditionnels le Silk Road Ensemble. Plus qu'un orchestre, une communauté vivante et joyeuse, convaincue que la musique pouvait surmonter les préjugés et unir les peuples. Les attentats du 9-septembre n'ont pas mis un terme au projet, bien au contraire. Ils ont renforcé la détermination de ses membres à utiliser les partitions comme autant de ponts entre Orient et Occident.

Seize ans plus tard, après des tournées triomphales et des milliers d'albums vendus, Morgan Neville (Oscar du meilleur documentaire en 2014 pour Twenty Feet From Stardom) a suivi la petite troupe musicale dans ses pérégrinations et s'est intéressé aux parcours parfois chaotiques de certains musiciens. Yo-Yo Ma bien sûr, mais aussi Kayhan Kalhor l'Iranien, Wu Man la Chinoise, Cristina Pato l'Espagnole, Kinan Azmeh le Syrien. Leur particularité ? Tous sont soit des exilés, soit des "résistants", dont l'instrument est menacé de disparaître et, avec lui, une partie de leur culture. A chaque personne, un destin fait de déchirements, de drames mais aussi d'espoir et de bonheurs.


Neville signe un film beau, fort, dans lequel les témoignages personnels bouleversent autant que les séquences musicales. La réalisation est enlevée, le montage rythmé. Le spectateur part pour un tour du monde qui l'emmène des Etats-Unis à la Chine, en passant par la Turquie, la Syrie ou la Galice. Splendeur des images comme de la bande son. L'émotion est permanente. Difficile de garder les yeux secs. Mais l'on sort de la salle sur un petit nuage, amoureux de la vie, réconcilié avec l'humanité.

Anderton
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