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jeudi 23 mai 2013

Cannes 2013 : Jerry Lewis, ce génie


Artistes : Le Festival de Cannes 2013 rend hommage à Jerry Lewis. Cela fera ricaner aux Etats-Unis où le Jerry Lewis bashing et le French bashing sont des sports nationaux. Certains humoristes ricains aiment d'ailleurs souligner la ringardise des Frenchies en évoquant leur amour immodéré pour le comédien. Et vice versa. Les cons. Ils n'ont rien compris. Jerry Lewis n'est pas seulement un génie de la comédie, c'est également un brillant cinéaste.


Evidemment, on a le droit de ne pas aimer Jerry. Le bonhomme est une grande gueule (au propre comme au figuré) à l'ego surdimensionné. Ce qui ne plaît pas à tout le monde. Et puis, aux States, on lui reproche d'être responsable de la séparation du duo d'artistes le plus populaire de l'après-guerre : celui qu'il constituait avec Dean Martin. Chanteurs, danseurs, comiques, les deux hommes ont pendant dix ans (1946-1956) emballé l'Amérique, attirant des milliers de fans hystériques à chacun de leurs passages. Leurs spectacles étaient déments (bien meilleurs que leurs films, il faut l'avouer). Et puis les deux frères ont mis un terme à leur numéro commun au sommet de leur gloire.

L'homme caoutchouc

Seul, Jerry Lewis travaille son personnage d'enfant dans un grand corps d'adulte. Un corps longiligne et désarticulé dont il joue avec maestria, enchaînant les acrobaties et les maladresses, surmonté d'un visage capable de toutes les grimaces. Jerry fait le pitre. Sans honte, ni complexe. Dans ses films, il multiplie les grosses blagues hénaurmes, il gesticule dans tous les sens, il crie de sa voix haut perchée. Du slapstick poussé à l'excès et pour autant, très étudié, très chorégraphié... et donc très répété. Tout semble facile mais Jerry est un perfectionniste, élevé à l'école du music-hall. A ses gags très élaborés, Jerry associe également un humour fin, tout en nuances. Et de l'émotion pure, qui vous prend à la gorge. Un clown humaniste.

Mais son talent va plus loin : passionné par la musique et la technique, Jerry Lewis comprend rapidement que lui seul peut mettre en images son univers si particulier. Il passe derrière la caméra et parvient à trouver un style de mise en scène inventif et élégant. Le travail sur les couleurs (ou le noir et blanc) et le son est remarquable. C'est aussi l'un des premiers cinéastes à utiliser le retour vidéo sur ses tournages. Le Dingue du Palace (The Bellboy, 1960), Le Tombeur de ces dames (The Ladies Man, 1961), Le zinzin d'Hollywood (The Errand Boy, 1961), Docteur Jerry et Mister Love (The Nutty Professor, 1963), Les Tontons farceurs (The Family Jewels, 1965), Ya ya mon général (Which Way to the front, 1970) sont devenus des classiques qui ont fasciné, voire influencé nombre d'artistes : de Steven Spielberg à Jim Carrey, en passant par Federico Fellini, Jerry Seinfeld et bien d'autres.

Son succès est tel que Jerry négocie (si j'ai bonne mémoire) un contrat à vie avec Paramount. Puis les années 1970 et 1980 sont celles de la traversée du désert. L'acteur devient plus célèbre pour le Téléthon que pour ses films, pas très bons, il faut le reconnaître : il tourne notamment dans des nanars franchouillards signés Philippe Clair. Il réapparaît sporadiquement sur petit et grand écrans, notamment dans La Valse des pantins (The King of Comedy, 1983) de Martin Scorsese ou Arizona Dream (1993) d'Emir Kusturica, jusqu'à Max Rose de Daniel Noah, qui est présenté cette année à Cannes. Cannes où Lewis est venu à plusieurs reprises, notamment pour y faire le con : son biographe français, Robert Benayoun, raconte dans Bonjour Mr Lewis que l'acteur faisait du ski nautique face à La Croisette en hurlant des "cocksuckers !" à tout-va. 

Jerry, I love you.

Anderton
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