dimanche 10 mai 2015

Timbuktu : somptueux écrin vidéo pour une pépite


En DVD et Blu-ray : Presqu'un an après sa présentation au Festival de Cannes, et cinq mois après son triomphe au César, Timbuktu sort en vidéo dans une somptueuse édition.



Il y a d'abord le film d'Abderrahmane Sissako. Le temps a passé mais l'oeuvre reste toujours aussi forte, aussi belle. Le cinéaste a choisi de décrire Tombouctou sous le joug des intégristes à travers des destins individuels qui se croisent et, souvent, se heurtent. Petites histoires, terribles conséquences. L'horreur quotidienne du fanatisme, de la violence, de la bétise face à laquelle s'élèvent des hommes et des femmes pleins de courage. Jouer au football sans ballon, continuer à jouer de la musique, refuser de porter des gants, prêcher un islam respectueux de chacun sont autant d'actes héroïques.

Ces petites tranches de vie, non dénuées d'humour d'ailleurs, Sissako les filme au rythme de l'Afrique. Il prend le temps de poser ses plans sur les visages et les paysages, d'une beauté inouïe. Sublime photographie de Sofian El Fani, musique envoûtante d'Amine Bouhafa. Nous voilà émerveillés et d'autant plus enragés par la barbarie qui s'est abattue sur ces peuples et ces terres. De même que les langues (arabe, tamacheq, français, anglais, bambara, songhaï) se mêlent tout au long du film, comédiens professionnels et amateurs donnent vie à des personnages qui, bourreaux ou victimes, révèlent leur profonde humanité. 

Retour à Cannes

Je ne suis jamais allé en Afrique mais Timbuktu a fait remonter tous mes souvenirs de lecture. Et notamment ceux du grand Amadou Hampâté Ba, dont le récit de sa jeunesse à Bandiagara dans Amkoulell l'enfant Peul donne une toute autre image du Mali. Rageant à pleurer.

FranceTV Distribution a soigné l'édition vidéo. La beauté du film éclate, même sur un petit écran. Et les bonus sont passionnants, notamment la conférence de presse donnée à Cannes. Autour d'Abderrahmane Sissako, on retrouve la productrice Sylvie Pialat, la coscénariste Kessen Tall et les comédiens Abel Jafri, Hichem Yacoubi, Ibrahim Ahmed et Toulou Kiki. La sincérité des propos frappe tout autant que dans le film. Sissako explique sa méthode, sa volonté de témoigner, son refus de diaboliser, et lorsqu'il fond en pleurs à l'évocation du drame vécu par les Maliens, on est bouleversé avec lui. Un des très beaux Bu-ray de ce début d'année.

Anderton



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