Dossier

vendredi 8 mai 2015

Cinéastes 80 : John Landis le joyeux dynamiteur


Artistes : Ex-critiques de Studio Magazine, Jean-Pierre Lavoignat et Christophe d'Yvoire poursuivent leur série d'entretien avec des cinéastes anglo-saxons des années 80 (découvrez notre dossier). Samedi soir à 22h20,  OCS Géants diffuse l'épisode consacré à John Landis. Retour sur une décade de films géniaux et de drames personnels.


Au cours des années 80, Landis était au sommet de son art : un sens inouï de la mise en scène, une capacité à revisiter le film de genre, une grande culture cinématographique, un humour potache assumé et une attitude rock'n'roll. Bref, j'adore. Au cours de sa décennie prodigieuse, je mate et remate en boucle ses films sur mon magnétoscope. Il n'y a quasiment rien à jeter. Je n'ai pas peur de dire que Landis est alors un égal de Spielberg mais son attitude d'ado attardé l'empêche d'avoir la même reconnaissance que son pote Steven. Et puis il faut reconnaître qu'avec les années 90, la formule Landis s'essouffle - exception faite de la géniale série Dream On, pour laquelle il intervient comme producteur exécutif. 

Face à la caméra des Frenchies, John Landis est fidèle à lui-même. Le temps ne semble pas avoir d'emprise sur lui. Certes la barbe est devenue poivre et sel mais le bonhomme n'a pas changé. Toujours tiré à quatre épingles, avec ce grand sourire en diagonal qui illumine son visage. Surtout, Landis est volubile : il aime parler de cinéma, pas que du sien, d'ailleurs. Les anecdotes fusent. Les traits d'humour aussi. 

Pourtant, comme toujours avec lui, on a l'impression que l'habilité du conteur permet d'éviter d'aborder des sujets plus perso. Landis est pudique. Il reviendra néanmoins sur l'accident qui endeuille le tournage de La Quatrième Dimension (Twilight Zone The Movie, 1983), film à sketchs co-réalisé avec Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller. C'est pendant le tournage du segment de Landis qu'un hélicoptère s'écrase sur l'acteur principal (Vic Morrow) et deux fillettes. Drame absolu dont Landis portera la responsabilité aux yeux du public et de la presse, notamment lors du procès qui s'en suit. Ces accusations marqueront durablement le cinéaste, comme il le confie à Lavoignat et d'Yvoire sur un ton faussement détaché avant de passer bien vite à autre chose. Les blessures sont loin d'être cicatrisées mais à Hollywood, the show must go on. Revenons aux oeuvres donc et permettez-moi de remonter aux années 70.

Schlock (1973)
Le premier long-métrage de John Landis. L'histoire d'un homme singe qui débarque en ville. J'ai découvert le film lors de sa ressortie au cinéma dans les années 80. Tout l'univers de Landis est là : pastiches/références (à Frankenstein et 2001 L'Odyssée de l'espace notamment), humour qui tâche et une réalisation forcément maladroite mais dont on pressent l'ambition. Un ovni, déjà.


Hamburger Film Sandwich (The Kentucky Fried Movie, 1977)
Premier film film culte. La rencontre avec l'univers déjanté des frères Zucker et de leur pote Abrams, les ZAZ ( Y a-t-il un pilote dans l'avion ?, Y a-t-il un Flic pour sauver la reine ?, Top Secret...) - que l'on retrouvera d'ailleurs dans la série Cinéastes 80. C'est complètement barré dans le fond comme dans la forme, c'est mal élevé, il y a des gros mots et des gros seins, c'est poilant. Inégalé à ce jour.


American College (Animal House , 1978)
Cette comédie sur une fraternité d'université (un genre en soi aux States) est un immense carton au box-office américain. Il révèle une nouvelle génération d'acteurs : Tim Matheson, Tom Hulce (le futur Mozart dans Amadeus), Kevin Bacon, Karen Allen (la copine d'Indiana Jones) et surtout, John Belushi. Pas revu depuis sa location au vidéoclub. 


Les Blues Brothers (1980)
Fort de son succès, Landis réalise un film sur le duo créé au Saturday Night Live par John Belushi et Dan Aykroyd. Débauche de moyens (on ne compte plus les voitures qui s'encastrent lors de spectaculaires courses-poursuites, ni les flics pour la séquence finale), tournage dantesque. Belushi est en roue libre, déjà accro à la coke... livré sur le plateau par contrat ! Impressionnant featuring de stars de la soul (Aretha Franklin, Ray Charles, James Brown, Cab Calloway, John Lee Hooker). Pourtant, Landis précise qu'à l'époque, ils sont tellement considérés comme ringards qu'Universal ne daigne pas sortir la B.O.F. sur l'un de ses labels ! Carrie Fisher (Princesse Léia !), John Candy, Charles Napier sont au générique. Steven Spielberg fait une apparition masticante. Drôle, rythmé, groovy. N'a pas pris une ride.


Le Loup-garou de Londres (An American Werewolf in London, 1981)
Landis revisite le film de loup-garou, avec impertinence. Résultat : ça fait peur et ça fait rire. Acme du film : la scène de métamorphose en lumière crue, sur fond de Blue Moon. Les effets spéciaux sont signés Rick Baker (qui avait déjà réalisé le costume de Schlock) et ils tiennent toujours la route. REP A SA CGI !


Un Fauteuil pour deux (Trading Places, 1983)
Landis retrouve Aykroyd, qui deviendra l'un de ses acteurs fétiches. Comédie au vitriol sur le capitalisme triomphant des années Reagan. Une des premières et meilleures prestations du jeune Eddie Murphy, venu de SNL également. Jamie Lee Curtis y est craquante. Denholm Elliott est formidable en domestique qui n'en pense pas moins ; le regretté Paul Gleason (Die Hard, Breakfast Club) incarne comme d'hab un type odieux. Et Landis honore les anciens Ralph Bellamy et Don Ameche. Bo Diddley et Frank Oz font des caméos. A voir et revoir.


Thriller (1983)
L'idée vient de Michael Jackson, auquel John Landis rend un hommage appuyé malgré leurs différends financiers. Il faut se rappeler la diffusion du clip à l'époque : une grosse production, d'une durée exceptionnelle (près de 14 minutes). Drucker (déjà) la montre dans son émission dominicale. Le magnétoscope familial est "on" ! Landis met tout son savoir-faire pour créer une ambiance qui rend hommage aux films de genre. Frissons, humour, rythme sont au rendez-vous. Chanson géniale superbement mise en valeur par la réalisation et la chorégraphie.


La Quatrième Dimension (Twilight Zone The Movie, 1983)
Auteur du prologue et du premier segment (sur un homme raciste plongé dans la France occupée puis dans la jungle vietnamienne), Landis fait le job alors que Spielberg déçoit avec son segment trop sirupeux. Mais les vraies révélations, ce sont les réalisations des deux "p'tits jeunes" : Joe Dante et George Miller. Le terrible drame lié au tournage a fait plonger le film au box-office. J'en garde quand même un excellent souvenir. Un Blu-ray existe mais en import. 


Série noire pour une nuit blanche (Into the Night, 1985)
J'avais détesté ce film lors de sa sortie. Marqué par l'accident de Twilight Zone, Landis signe un polar ou une comédie noire plutôt cynique, désabusée. Le sourire de façade ressemble à une grimace. J'avais trouvé que cela manquait de pétillance, que la réal était mécanique, que Landis n'y croyait pas vraiment. La revue Starfix de Christophe Gans & co, à laquelle j'étais abonné, avait descendu le film au point de devenir tricarde auprès du distributeur. Mais pour le coup, Lavoignat parle tellement bien du film que cela m'a donné envie de le revoir. Au casting : Jeff Goldblum, Michelle Pfeiffer mais aussi David Bowie et Dan Aykroyd ainsi qu'une pelletée de cinéastes en caméos : Roger Vadim (dans le rôle de Monsieur Melville, rôle prévu pour Jean-Luc Godard qui a fait faux bond au dernier moment !), David Cronenberg, Jonathan Demme, Don Siegel...


Drôles d'espions (Spies Like Us, 1985)
Seul film de Landis de cette période dont je me souviens peu. Au casting : Dan Aykroyd et Chevy Chase. Frank Oz traîne dans le coin, encore. Typique de la comédie SNL de l'époque.


Trois Amigos! (¡Three Amigos!, 1986)
Steve Martin, Chevy Chase et Martin Short incarnent des acteurs du cinéma muet devenus populaires pour leur trio de justiciers. Sous la coupe de bandits, les habitants d'un village mexicain font appel à eux mais les trois amis n'ont rien d'as du revolver. Ce remake des Sept mercenaires est juste hilarant. 


Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon, 1986)
La suite de Hamburger Film Sandwich. Sans atteindre la drôlerie et la folie du premier, il y a quelques bons segments : Blacks Without Soul (signé John Landis), un pastiche de L'Homme Invisible (un type se balade à poil en pensant être invisible), un jeune homme qui veut acheter des capotes discrètement connaît une sacrée mésaventure... Joe Dante a aussi signé quelques segments.



Un prince à New York (Coming to America, 1988)
Un prince africain débarque incognito dans le Queens pour y trouver l'âme-soeur. Je l'ai revu la semaine dernière. Le film a plutôt bien vieilli, c'est drôle. Eddie Murphy incarne de multiples personnages, dont un vieux juif, grâce à d'incroyables prothèses mises au point par Rick Baker. Caméos des papys d'Un fauteuil pour deux. Comme le souligne Landis, mine de rien, c'est le premier film hollywoodien avec un casting noir à 98%. Une sacrée révolution.


See You Next Wednesday
Le film que Landis n'a jamais tourné mais qu'il cite systématiquement dans ses oeuvres, via des affiches notamment.

J'avoue que je n'ai quasiment plus rien vu de Landis après les 80's, à part Le Flic de Beverly Hills 3 et je n'en garde pas un grand souvenir. Qu'importe, De 1973 à 1988, le barbu jovial a marqué Hollywood de son empreinte.

Anderton

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