vendredi 1 mai 2015

Cinéastes 80 : Alan Parker le franc tireur


Artistes : OCS Géants poursuit son voyage à travers le destin des cinéastes anglo-saxons des années 80, mené par Jean-Pierre Lavoignat et Christophe d'Yvoire, tous deux anciennement critiques du magazine phare des années 80 consacré au cinéma, Studio Magazine. Belle initiative qui permet de renouer avec la mythique série Cinéastes de notre temps. Et qui nous permet de revisiter des filmographies bien décriées lors de leurs sorties. Et dont certaines oeuvres passent allègrement l'épreuve du temps. Acte 3, samedi soir à 22h20, avec le Britannique Alan Parker, réalisateur prolifique des années 80 (six films, de Fame à Mississippi Burning), peut-être le plus emblématique de son époque.


Né en 1944, issu d'un milieu populaire, Alan Parker se destine très tôt à la publicité, "une excellente école". Au point de tourner un spot par semaine pendant trois ans. Le record étant détenu alors par son collègue Ridley Scott, qui en tournait 2 à 3 par semaine ! Une formation qui le rapproche de Adrian Lyne, Hugh Hudson, Ridley et Tony Scott, les Big Five qui émergent en même temps au cinéma. Réalisateur prolifique, donc, et ce qui frappe dans sa filmo, c'est son éclectisme – film musical, drame intimiste, polar, thriller, film politique – mais aussi un goût particulier pour les sujets "lourds" (racisme, guerre, éducation), et pour des genres dont il se plaît parfois à briser les codes (le film musical avec The Wall, le thriller avec Angel Heart) ; enfin, son talent de directeur d'acteurs, autant vis-à-vis des plus chevronnés (Albert Finney, Gene Hackman) que des débutants (Nicolas Cage, Matthew Modine). Etonnamment, il reconnaît que son modèle en matière de cinéma est Ken Loach, pourtant aux antipodes de son style.

Retour sur la carrière eightie's d'un des cinéastes les plus emblématiques de son époque, ardemment soutenu par une partie de la critique française, dont Première et Studio Magazine, mais aussi de l'establishment (trois de ses films furent sélectionnés au Festival de Cannes, où il décrocha un Grand Prix du Jury en 1984) et dont la carrière résiste assez bien à l'épreuve du temps. 

Alors qu'il reçoit les journalistes dans ses bureaux londoniens, le cinéaste passe en revue sa carrière, film après film. Avec humour et tendresse, mais aussi laconisme et une certaine distance, propres à ceux pour lesquels la carrière se conjugue au passé.

Fame (1980) 
"Je rêvais de tourner un film américain". Réalisé en réaction à Midnight Express, son second long métrage qui fut très mal accueilli lors de sa projection à Cannes en 1978, Fame constitue un challenge pour Alan Parker : s'inscrire dans le cinéma américain le plus classique ; filmer des scènes de rue dans New-York, à deux pas de Time Square. On connaît la suite : triomphe au B.O., Fame sera décliné en série TV. 



The Wall (1982)
Alan Parker revient longuement sur un plan que lui a inspiré le Napoléon d'Abel Gance, qu'il venait de voir. Désormais étalon de l'esthétique des clips des années 80, The Wall reste un mauvais souvenir pour Alan Parker, en raison de la personnalité du leader des Pink Floyd, Roger Waters : "Un cauchemar". Ce qui ne l'empêche pas de constater que malgré "un tournage douloureux, le résultat a été extrêmement créatif ".



Birdy (1984)
De mon point de vue, voici un film indé avant la lettre : tournage à Philadelphie, avec des acteurs inconnus, sur un sujet intimiste – l'amitié entre deux jeunes hommes, de retour au foyer, traumatisés par la guerre au Vietnam – traité de manière poétique et allégorique. "Un tournage étrange", car reconnaît Alan Parker, "il est très compliqué de tourner avec les oiseaux". Autre point de difficulté : l'acteur principal, Matthew Modine, car il n'avait pas, selon le réalisateur, assez souffert pour exprimer avec suffisamment d'intensité les souffrances de son personnage. Reste la musique de Peter Gabriel, et un fabuleux plan-séquence subjectif à la Steadycam. Grand Prix du jury au Festival de Cannes 1985.



Angel Heart (1987)
Initialement écrit pour Marlon Brando et Robert de Niro, Angel Heart n'a pas obtenu le succès escompté. Le cinéaste s'appesantit en bien sur Mickey Rourke : un gentil garçon "mais le succès l'a abîmé, surtout à partir de Angel Heart".



Mississippi Burning (1989)
Fruit d'une logue immersion du cinéaste dans le Sud des Etats-Unis, Mississippi Burning est un compromis entre le film policier et le film politique. Alan Parker revient sur l'énorme polémique provoquée par la communauté noire lors de sa sortie. Et sur le fait divers et la réouverture de l'enquête que le film a déclenchée. Huit nominations aux Oscars.



Enfin, traité seulement en fin d'entretien, le réalisateur revient sur un de ses films les plus secrets, et les plus invisibles, L'Usure du temps (Shoot the moon, 1982). Sélectionné à Cannes la même année, avec The Wall, Shoot the moon est le récit d'une rupture conjugale, alors qu'Alan Parker était en train de vivre la même situation dans sa vie privée. "Le plus personnel de mes films, j'en suis très fier", avoue-t-il. Qui lui valut la reconnaissance de la célèbre et mordante critique Pauline Kael. (Et qui sera projeté lors du prochain festival Paris Champs-Elysées, en sa présence, en juin 2015)



Et maintenant ? Il rejoint son complice Hugh Hudson sur un point : il y avait davantage de bons films dans les années 80, les films étaient meilleurs sans effets digitaux, surtout si ceux-ci copient la réalité. L'âge aidant, il se consacre désormais aux activités officielles du cinéma britannique. Et à la peinture. Fini, le cinéma pour le désormais Sir Alan Parker : "Faire des bons films n'est pas donné à tout le monde". Détail qui ne trompe pas : il reconnaît, malicieux, ne jamais s'être vécu comme cinéaste, mais plutôt comme écrivain. C'est la profession inscrite sur son passeport ! Il a ainsi participé à l'écriture de tous ses scénarios sans jamais être crédité...

Et vous quels sont vos trois films préférés d'Alan Parker ? Dans les années 80 ? Et en général ?

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